Olivier Père

Parle avec elle de Pedro Almodóvar

Pour inaugurer son cycle de quatre films plus un documentaire dédié à Pedro Almodóvar, ARTE diffuse Parle avec elle (Hable con ella) lundi 6 mai à 20h55. Suivront Femmes au bord de la crise de nerfs, La Mauvaise Education et Julieta, inédit sur ARTE.

Parle avec elle est souvent considéré comme le chef-d’œuvre de Pedro Almodóvar. À juste titre (mais plusieurs de ses films peuvent prétendre à un tel statut).

Réalisé en 2002, Parle avec elle pousse l’hybridation des formes et des narrations à un niveau exceptionnel. Almodóvar y mêle le mélodrame et le conte de fée, la danse contemporaine et la tauromachie, la psychanalyse et le cinéma – des extraits d’un film muet inventé qui s’inspire de L’homme qui rétrécit, version érotique. Almodóvar aime se faire rencontrer le cinéma et les autres disciplines artistiques. C’est ainsi qu’il invite un spectacle de Pina Bausch dans Parle avec elle, destiné à jouer un rôle central dans le déroulement de l’histoire. Cette variation sur le mythe de « La Belle au bois dormant » s’enrichit d’une constellation de personnages frappés par le deuil et la maladie, en proie au désir, à la folie et à la solitude. Avec cette matière romanesque foisonnante et douloureuse, Almodóvar aborde les sujets universels de la vie, l’amour et la mort d’une manière profondément originale, et pour la première fois du point de vue masculin, et hétérosexuel, même si le cinéaste a toujours tendance à effacer les distinctions et particularités sexuelles pour évoquer les sentiments amoureux de manière universelle. Almodóvar fait s’entrecroiser deux relations passionnelles, et bouleverse la chronologie de son récit, en segmentant son film en plusieurs chapitres. Le cinéaste espagnol abandonne la provocation de ses débuts pour raconter cette histoire choquante d’une manière douce et mélancolique, et montre quels chemins tortueux peut prendre l’amour absolu.

Javier Cámara et Leonor Watling dans Parle avec elle de Pedro Almodóvar

Javier Cámara et Leonor Watling dans Parle avec elle de Pedro Almodóvar

 

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3 commentaires

  1. Aliocha dit :

    Ah, quel film, quel film !!… Il me bouleverse à chaque vision… Je pense aussi que c’est l’un de ses plus parfaits, sinon le plus parfait (bien au-dessus selon moi de Volver, par exemple), mais par contre, j’ignorais que cet avis était selon vous répandu (j’avais l’impression que tout le monde en gros penchait plutôt pour “Tout sur ma Mère” ?) ? En tout cas ça fait plaisir à lire, votre article !! 🙂

  2. ballantrae dit :

    Un chef d’oeuvre, certainement mon Almodovar préféré! Le moment où je me suis dit qu’il était non seulement brillant mais aussi dense, complexe et profond. Tout y est, cela pourrait frôler la surcharge, le surégime et pourtant tout s’avère fluide, doux et en même temps douloureux .
    Et depuis, on ne compte plus les réussites absolues: Julieta, Volver, La piel que habito, La mauvaise éducation, l’injustement oublié (et pourtant vertigineux) Etreintes brisées.
    L’un de nos grands cinéastes européens assurément!

  3. Aliocha dit :

    Oui, vous avez raison, quelle suite de réussites, c’est fascinant !! Pour ma part, je suis fan également de (dans des films plus anciens) En Chair et en Os ! Et effectivement, Etreintes Brisées c’est terrassant de beauté, mais bizarrement, on a l’impression parfois qu’il n’est pas assez aimé (même quand il est sorti), ou évoqué quand on parle de mister Pedro ! Ah, je suis fou de ce gars !!! Le dernier qui va être à Cannes, il a l’air d’être un peu son Huit et Demie, j’ai l’impression ?!! Au fil des années, j’ai réussi à voir presque tous ses films, Il me manque plus qu’un trio parmi les tout premiers : Pepe, Luci, Bom et autres filles du quartier, Le labyrinthe des Passions (que je trouve d’ailleurs ni en blu-ray ni en DVD ! Il est même pas sur le coffret pourtant presque complet sorti récemment !) et Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?…

    Si on y réfléchit, j’estime qu’il a jamais vraiment fait un mauvais film, tout simplement ! J’ai même réévalué vachement à la hausse un qui m’avait posé problème à une époque, parce que me semblant moins “maîtrisé, c’est-à-dire Kika ! En fait, ce mélange de giallo, critique des médias, portrait de femme, c’est excellent, mais il a fallu que je le revois…

    Non, il a pas fait un mauvais film… Les Amants Passagers, par exemple, les critiques ont été trop durs, alors que c’était clair que c’était une récréation, un film léger et impecc tel quel, très proche des comédies italiennes (entre autres les films à sketches) des années 70, qui d’ailleurs maintenant sont très respectées alors qu’à l’époque ça pouvait paraître “facile” ou vulgos !…
    J’ai revu récemment “Le Sexe fou” avec pratiquement que Giancarlo Giannini et Laura Antonelli, c’est jubilatoire, irresistible, et même touchant par moments…
    A propos de film à sketches, Almodovar a produit un excellent argentin, qui s’appelle “Les Nouveaux Sauvages”, un descendant direct des films de Risi par exemple… Je crois que c’est passé sur Arte d’ailleurs ?…
    Enfin bref, vive Pedro !! J’espère qu’ENFIN il aura sa palme cannoise cette année, bon sang ! 🙂

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