Olivier Père

Invasion Los Angeles de John Carpenter

Peu de films résonnent avec autant de force avec notre époque, notre société, que ce film de science-fiction américain tourné en 1988. Invasion Los Angeles (They Live), qu’on peut revoir actuellement en version restaurée, est l’un des derniers bons longs métrages de John Carpenter. Du moins pour ses admirateurs européens, car au moment de sa sortie, la carrière hollywoodienne et la réputation du cinéaste étaient déjà bien écornée aux États-Unis, à cause d’une série d’échecs critiques et commerciaux injustes. La plupart de ses films ont été réhabilités depuis, à commencer par son chef-d’œuvre The Thing. Quand il réalise Invasion Los Angeles, John Carpenter n’est pas encore au fond du trou, mais il a raison de se considérer comme un paria – avant sa reconversion réussie en rock star. L’identification avec son personnage principal, vagabond sans travail, n’en devient que plus évidente. Le héros de Invasion Los Angeles est un homme sans nom, sans rien. Son surnom, Nada, signifie « rien » en espagnol. Il a été dépossédé d’à peu près tout ce qui définit un citoyen. C’est peut-être la seule occurrence dans le cinéma américain des années 80 où le héros d’un film est un sans-abri, à part Street Trash qui ne présentait aucune figure positive. Le postulat du film de John Carpenter s’inspire de la science-fiction paranoïaque des années 40 et 50 qui montrait une invasion de l’intérieur, un « grand remplacement » qui jouait avec les peurs de l’infiltration communiste combattue par la commission des activités anti-américaines. Son scénario adapte une nouvelle écrite en 1963 par le romancier beatnik Ray Faraday Nelson, par ailleurs l’inventeur de la casquette à hélice. Transposée dans l’Amérique ultra-libérale des années Reagan, Invasion Los Angeles est un violent réquisitoire contre les « yuppies » (jeunes cadres dynamiques évoluant dans le monde de la finance) en costume-cravate qui contrôlent les États-Unis. Un ouvrier au chômage, qui débarque à Los Angeles avec ses outils et son baluchon, découvre par hasard des paires de lunettes noires qui permettent de voir la réalité cachée de la société américaine. Des extraterrestres ont pris le contrôle de l’économie, de la police, des classes dirigeantes, des médias et exploitent comme des parasites vicieux les ressources humaines et matérielles du pays. Les aliens ont l’apparence répugnante de cadavres en putréfaction, pour mieux symboliser la puissance corruptrice qu’ils représentent. Invasion Los Angeles est le film d’un homme en colère. Carpenter dénonce un système capitalisme sans vergogne qui s’enrichit sur le dos du peuple américain. Il décrit une Amérique cauchemardesque transformée en état totalitaire, avec une police fasciste, des banques toutes puissantes et des médias qui abrutissent les consommateurs en le bombardant de messages cachés dans les images publicitaires, la presse et la télévision. Des slogans subliminaux ordonnent aux gens de consommer, d’obéir et d’oublier la moindre forme de liberté individuelle. Passé relativement inaperçu au moment de sa sortie, Invasion Los Angeles s’est peu à peu imposé comme une œuvre emblématique de la science-fiction moderne, grâce à son postulat original et sa véhémence satirique. La dimension conspirationniste du film de Carpenter fit même l’objet d’une récupération antisémite de la part de groupuscules néo-nazis américains, à la grande colère du réalisateur. Certes le pamphlet politique de Carpenter n’est pas un modèle de subtilité. Mais la rage du réalisateur, associée à ses légendaires sens du cadre et de l’action, confèrent au film une tension extraordinaire. Invasion Los Angeles est une super série B sans aucun temps mort, dont la violence désespérée est tempérée par beaucoup d’humour. Carpenter est (encore) en pleine forme, et il le démontre avec une scène de bagarre de plus de cinq minutes, et un talent unique pour réussir un film spectaculaire avec une économie réduite. Invasion Los Angeles fut tourné dans le même esprit que Prince des ténèbres un an plus tôt. Production indépendante, budget serré, effets spéciaux rudimentaires mais de l’énergie et de l’imagination à revendre. Le héros est interprété par une vedette du catch, Roddy Piper. Du vrai cinéma prolétaire, et libertaire.

Reprise en salles le mercredi 2 janvier, distribué par Splendor Films. Disponible également en Steelbook 4K Ultra HD + 2 BD et en Blu-ray haute définition, édité par Studiocanal. 

 

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4 commentaires

  1. Emmanuel C dit :

    Bonsoir,
    À quand une diffusion sur Arte ?

    Emmanuel

  2. BM dit :

    Bonjour, je vois que le film est diffusé sur ARTE le lundi 14 juin 2021, mais pas de VOST ?

    Merci.

    • Olivier Père dit :

      Bonjour
      si il est diffusé en VF et VOSTF lundi 14 juin à 22h25
      Disponible également en replay du 14/06/2021 au 20/06/2021 sur Arte.tv

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