Olivier Père

Docteur Folamour de Stanley Kubrick

ARTE diffuse Docteur Folamour (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb, 1964) lundi 4 février à 22h45.

Après le succès de scandale de Lolita, Stanley Kubrick accède au début des années 60 à une forme d’indépendance artistique totale longtemps désirée qui va lui permettre de produire ses films comme il l’entend.

Kubrick décide d’adapter avec l’écrivain Terry Southern le roman Red Alert de Peter George, sur une des plus anciennes phobies du cinéaste, la menace atomique. Le sujet, centre des préoccupations du monde occidental, invitait à un traitement sérieux, à l’image du roman, très documenté. Au contraire, Kubrick refuse de livrer un film à thèse et choisit d’adopter le ton de la farce. En pleine guerre froide, Kubrick signe une comédie très noire et désopilante. Il y fustige l’incompétence des politiciens et des militaires montrés comme des pantins psychopathes ou débiles. Kubrick explore les thèmes des dangers de la technologie et de l’angoisse du futur que l’on retrouvera dans 2001, l’odyssée de l’espace sur un mode plus métaphysique que burlesque. Le délire des personnages et l’absurdité des situations n’enlèvent rien à la crédibilité de l’ensemble et n’empêchent pas de démontrer à quel point il est extrêmement facile de déclencher une guerre nucléaire. Peter Sellers avait fait des étincelles dans Lolita en pervers mondain. Ici le comédien transformiste interprète génialement trois (au départ quatre) des principaux rôles, parmi lesquels le fameux docteur Folamour, nostalgique du nazisme au comportement excentrique, présenté comme le sauveur de l’espèce humaine. Le film inaugure la trilogie futuriste de Kubrick, composée de 2001 et Orange mécanique. Tableau d’un monde cauchemardesque voué à son autodestruction, Docteur Folamour est une indépassable fiction du dérèglement.

Peter Sellers (au centre) dans Docteur Folamour de Stanley Kubrick

Peter Sellers (au centre) dans Docteur Folamour de Stanley Kubrick

 

Catégories : Sur ARTE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *