Olivier Père

Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen

Dans le cadre de son « Summer of Lovers », ARTE diffuse Vicky Cristina Barcelona (2008) de Woody Allen dimanche 8 juillet à 20h50.

Woody Allen poursuit sa tournée européenne des années 2000 et décide de poser ses caméras à Barcelone, pour y conter les aventures sentimentales et estivales de deux touristes américaines. Le film est d’abord une étude de caractères. Vicky (Rebecca Hall) est une jeune femme sage et raisonnable qui a déjà planifié sa vie auprès de son futur mari. Son amie Cristina (Scarlett Johansson) est beaucoup plus incertaine et fantasque, toujours prête pour de nouvelles expériences amoureuses. Elles rencontrent un fougueux et séduisant peintre, Juan Antonio (Javier Bardem) qui évolue dans les milieux de la bohème chic… Vicky et Cristina ont chacune une aventure avec Juan Antonio, la seconde s’installe chez lui, mais bientôt la volcanique ex-femme du peintre, Maria Elena (Penélope Cruz) fait sa réapparition…

Vicki Cristina Barcelona est une comédie romantique qui bénéficie de la beauté de la capitale catalane, filmée comme une carte postale de luxe. C’est aussi le film le plus sexy de Woody Allen. Le quatuor de comédiens rivalise de glamour, et Penélope Cruz est éblouissante en tornade sensuelle. C’est le troisième et dernier film de Woody Allen avec sa muse de l’époque, Scarlett Johansson. Le ménage à trois qu’elle forme avec Javier Bardem et Penélope Cruz propose une brève expérience de bonheur parfait, et un délice pour les yeux. Au-delà de la célébration d’une vie de plaisirs et de passions en opposition aux mœurs conformistes de la bourgeoisie américaine, le cinéaste confronte ses héroïnes à leurs propres contradictions, avec une conclusion douce-amère. L’été barcelonais n’aura été qu’une parenthèse mouvementée dans une existence sous le signe du renoncement et de la désillusion.

Penélope Cruz et Scarlett Johansson dans Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen

Penélope Cruz et Scarlett Johansson dans Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen

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6 commentaires

  1. Sawyer dit :

    Récemment, Woody Allen a déclaré (bon, je ne sais pas si c’est de l’humour noir… mais ça y ressemble !) :
    « Moi, je n’ai été accusé que par une femme, dans le cadre d’un affaire de garde d’enfants, qui a été l’objet d’une enquête et (l’accusation) s’est révélée fausse. J’ai été traîné dans la boue avec ces gens-là. Je suis un fervent partisan du mouvement #Metoo. Je devrais être une tête d’affiche du mouvement #Metoo. J’ai travaillé dans le cinéma pendant 50 ans, j’ai travaillé avec des centaines d’actrices, et pas une seule n’a suggéré la moindre attitude déplacée ».

    Dans le dernier film de Woody Allen, on trouve un enfant pyromane (le fils de Kate Winslet dans « Wonder Wheel »).
    En partant un peu dans le délire d’interprétation, je me demande si Woody Allen n’a pas livré là (et de façon totalement inconsciente !) le portrait symbolique de son propre fils, Ronan Farrow (prix Pulitzer pour son enquête sur l’affaire Weinstein), incendiaire à sa façon, dirons-nous, à l’égard de son illustre paternel.
    Enfin, fils naturel, c’est vite dit, je dirais plutôt fils putatif… car il semblerait que Ronan Farrow soit le fils caché de Frank Sinatra (avouons d’ailleurs que la ressemblance physique entre Ronan et Woody n’est pas franchement évidente… pour ma part, je dirais même qu’elle est inexistante).

    • olivierpere dit :

      j’ai revu Wonder Wheel cette semaine. l’enfant pyromane peut aussi être vu comme une double enfantin de Woody Allen, qui se réfugie dans les salles de cinéma pour échapper au monde des adultes. Les feux qu’il déclenche ne semblent pas adressés à sa mère ou à l’opinion publique, ce sont surtout des actes de défoulement névrotiques. La folie traverse le film, et devient un lien entre la mère et le fils. Ceci dit, le scandale et la cabale dont est l’objet Woody Allen depuis plusieurs années remonte dans ses films récents. Cate Blanchett dans Blue Jasmine et Kate Winslet dans Wonder Wheel, femmes trahies par leur mari ou leur amant, déclenchent par vengeance des catastrophes mortelles qui les dépassent …

      • Sawyer dit :

        Je ne suis pas fan de Woody Allen, mais j’ai néanmoins vu tous ses films (excepté le téléfilm « Nuits de Chine »), et c’est donc un cinéaste que j’apprécie.
        Comme il le dit lui-même (sans doute par fausse modestie), il n’a jamais réalisé un grand film, et c’est ce que je pense (à lire Télérama, on pourrait croire que Woody Allen n’a réalisé que des chefs-d’œuvre !… Mais pour ma part, non, je ne considère pas « Annie Hall » et « Manhattan », entre autres exemples, comme des grands films).
        En revanche, il a réalisé beaucoup de bons films, plus qu’aucun autre réalisateur peut-être, et rarement des mauvais films (« La rose pourpre du Caire », étonnamment, je le trouve mauvais… et je n’aime pas non plus « Match point » pour le cynisme de son personnage principal qui commet un meurtre uniquement pour une question de statut social, meurtre motivé par des préoccupations bassement matérialistes).
        Ses films les plus réussis, à mes yeux : « Stardust Memories » (1980), « Une autre femme » (1988), « Crimes et délits » (1989).

        Le début de ses films est vraiment très intéressant, il sait très vite installer une atmosphère, imposer un sujet captivant… et la première demi-heure est souvent prometteuse.
        Mais la suite n’est pas totalement à la hauteur, ça ne décolle jamais vraiment, on reste toujours sur un mode modeste, ça manque de souffle ou d’ambition… et la dernière demi-heure est souvent décevante.
        Je me suis un peu interrogé sur ces problèmes de structure… et je pense que ça tient au fait que Woody Allen était, à ses débuts, un gagman, un artiste comique de films à sketches (notamment ses premiers films burlesques… les plus drôles de sa carrière… même si ce sont des films plutôt mineurs).
        Dans un films à sketches, la structure est assez lâche, voire inexistante.
        Donc, quand Woody Allen est passé à des films plus sérieux, la dramaturgie de ses films souffre toujours de cette formation initiale.
        Cela dit, en 50 ans de carrière, il a été très prolifique et son inspiration est toujours restée au beau fixe.
        J’ai toujours déploré que des cinéastes comme Kubrick et Sergio Leone aient été si peu productifs (Kubrick n’a réalisé que deux films entre 1980 et 1999… et Leone, un seul film entre 1971 et 1989), mais s’ils étaient capables de réaliser des chefs-d’œuvre absolus, je ne suis pas sûr qu’ils auraient pu réaliser beaucoup de bons films en sortant un film par an, sur une longue période (et peut-être même en auraient-ils réalisé de très mauvais… Sergio Leone a produit 2 films assez pitoyables, « Mon nom est personne » et « Un génie, deux associés, une cloche »… Quant à « Qui a tué le chat ? » de Comencini, je ne l’ai pas vu).

        Maintenant, sur l’affaire Woody Allen (les accusations d’abus sexuels sur sa fille adoptive, Dylan Farrow)…
        C’est toujours fort dérangeant quand un artiste qu’on admire est accusé de faits délictuels plus ou moins graves.
        Quant a éclaté l’affaire Bertrand Cantat, j’étais ma foi bien content de ne pas être fan de Noir Désir (groupe que je n’appréciais pas), car j’imagine à quel point cette sale histoire fut traumatisante pour les fans de Noir Désir : voir ainsi leur héros compromis dans une histoire aussi sordide… et aussi tragiquement triste pour Marie Trintignant.
        Cela dit, je n’ai pas une vision angélique de l’être humain (bien au contraire), et je n’ai jamais rêvé de rencontrer mes idoles (quand bien même cela aurait été possible) : j’aurais eu trop peur d’être déçu, de me dire « Quoi ? Cet artiste qui a fait ces œuvres sublimes, c’est un individu, somme toute, méprisable et fort antipathique ?! »
        Les biographes américains font souvent leur miel de ce genre de choses : ils enquêtent sur certaines stars et en révèlent tous les travers, les côtés peu reluisants de l’arrière-cuisine (la vie privée, bien souvent).
        Lou Reed, par exemple, a été décrit par la plupart des gens qui l’ont connu comme un infect connard… et ce n’est sans doute pas une exception.
        Roman Polanski (dont j’adore 4 films : « Répulsion », « Rosemary’s Baby », Macbeth », « Chinatown ») fut accusé de viol sur une ado de 13 ans… mais pas seulement : 10 autres femmes ont fait part d’agressions sexuelles dans les années 70 (toutes mineures au moment des faits : elles étaient âgées de 9 à 16 ans).
        On peut dire que le dossier est lourd, très lourd !
        J’imagine à quel point Polanski fut dévasté par le massacre de Sharon Tate, certes… mais les circonstances atténuantes n’expliquent pas tout.
        Dans le cas de Woody Allen, le nœud du problème, c’est qu’il a eu une relation avec Soon-Yi, la fille adoptive de Mia Farrow (Soon étant 25 ans plus jeune que lui).
        Il n’est jamais agréable, pour une femme, de découvrir que son mec la trompe… mais quand celui-ci la trompe avec sa propre fille, imaginez le traumatisme et la colère !
        C’est une double trahison.
        Les accusations d’abus sexuels sur Dylan Farrow apparaissent au moment du divorce houleux (pour ne pas dire sanglant) entre Allen et Farrow.
        Moses Farrow (un autre enfant adoptif de Mia Farrow) a pris la défense de Woody Allen en déclarant :
        « Ma mère m’a sans cesse rabâché que je devais détester mon père pour avoir écartelé la famille et pour avoir molesté ma sœur. Je l’ai haï pendant des années à cause de ma mère. Avec le recul, je réalise que c’était sa vengeance contre lui pour être tombé amoureux de Soon-Yi. Il est évident que Woody Allen n’a pas agressé ma sœur Dylan. Elle l’adorait et attendait avec impatience ses visites jusqu’au jour où ma mère a instillé cette atmosphère de peur. »
        Il est facile, pour une mère, de monter ses propres enfants contre leur père, c’est quelque chose de très banal, hélas.
        Cependant, Dylan Farrow, aujourd’hui encore, est intimement convaincue d’avoir été abusée par Woody Allen, et elle dément fermement avoir été manipulée par sa mère.
        Alors qui croire ?
        Il est évident que, dans cette histoire, quelqu’un ment… mais on ne saura peut-être jamais de quel côté.
        Je ne sais pas si Woody Allen est coupable, je ne sais pas s’il est innocent… et à partir de là, je ne peux pas prendre sa défense… ou l’accabler.
        Si je disais qu’il est innocent, je serais peut-être dans le déni, une forme d’aveuglement ; si je disais qu’il est coupable, je ferais peut-être partie de la « meute » qui veut le lyncher.
        En conclusion, je dirais qu’il n’est pas nécessaire d’admirer un artiste en tant qu’homme, on peut même s’en dispenser : on peut se contenter d’admirer les œuvres.

        • olivierpere dit :

          Quant à moi je suis étonné du sort réservé par la critique à Woody Allen : adulé dans les années 70 et 80 par les mêmes qui aujourd’hui font la fine bouche et trouvent qu’il se répète… Pourtant je pense aussi que La Rose pourpre du Caire (par exemple) n’est pas terrible tandis que je trouve (presque) tous ses derniers films remarquables. Beaucoup plus profonds, douloureux, complexes… Ses films récents souffrent du lynchage médiatique autour de sa personne, mais pas seulement. Au moins Positif ne cède pas au mépris de plus en plus généralisé qui accueille ses films.
          Mais Annie Hall est quand même un très bon film.

          • Sawyer dit :

            Oui, bien sûr, « Annie Hall » (ou « Manhattan ») est un bon film, je vous rassure… mais quand je dis que ce n’est pas un « grand » film, c’est parce que je ne le classe pas dans mon panthéon personnel (c’est-à-dire, de ces films que j’aime voir et revoir… ces films, rares, qui vous accompagnent toute une vie).
            Disons que je vois Woody Allen comme un artiste de talent (voire de grand talent, si on songe à sa prolixité exceptionnellement féconde… car je le répète, la grande majorité de ses films sont bons, il n’y a pas grand-chose à jeter), mais je pense aussi qu’il ne laissera pas un authentique chef-d’œuvre parmi ses 50 longs métrages.

            Sinon, je savais que Woody Allen avait réalisé une petite série télé pour Amazon… mais suite à sa disgrâce hollywoodienne, la date de sortie semblait très indéterminée.
            En fait, hier, j’ai découvert que « Crisis in six scenes » (2016) était déjà sorti… au mois de mars 2018, plus précisément… et dans l’indifférence générale, il faut bien le dire.

            https://www.youtube.com/wat

            Du coup, je l’ai téléchargé et visionné.
            En vérité, ça n’a rien à voir avec une série télé, c’est un film un peu long (mais pas trop long non plus) : 2h21 découpé en 6 petits épisodes.
            Ça n’a rien à voir avec « Wonder Wheel » : « Crises in six scenes » est un film sans prétention, une comédie loufoque.
            Un exemple ?
            Un mec : – Je croyais que tu ne mangeais pas de steak.
            Woody Allen : – Oui, j’ai lu un article dans un magazine qui disait qu’on se rajoutait des années de longévité en éradiquant tout ce qui procure du plaisir. »

            Est-ce que, comme vous dites, il y a des éléments du scandale et de la cabale dont Woody Allen est l’objet qui remontent dans ce film ?
            Ma foi, non… mais si on tend l’oreille, on entend un personnage prononcer la phrase suivante :
            « Moi aussi j’ai une fille adoptive. Elle est adorable, mais un peu instable, psychologiquement. »

            S’il vous plaît, ne riez pas : un peu de décence, voyons !
            Songez à cette pauvre Dylan Farrow.

            Je ne sais pas si « Crisis in six scenes » sortira en DVD ou s’il sera diffusé à la télé (je crois qu’on ne le trouve que sur des sites de streaming, en vidéo à la demande).

            Pour finir, Woody Allen a tourné un nouveau film (le dernier ?), « A Rainy Day in New York » (avec Elle Fanning), mais sans aucune date de sortie, à cette heure.

          • olivierpere dit :

            c’est vrai que Woody Allen a parfois travaillé pour la télévision entre ses films de cinéma et que ces travaux ne sont pas les plus visibles en France, pour la simple raison qu’ils n’ont pas été distribué en salles ou en DVD (il avait réalisé un téléfilm « don’t drink the water » ou quelque chose comme ça dans les années 80 ou 90)…

            Crisis in Six Scenes fait partie du contrat juteux qu’il avait signé avec Amazon depuis Café Society, avec aussi Wonder Wheel et A Rainy Day in New York. A la suite de l’affaire Weinstein, Amazon a rompu (ou refusé de renouveler) son contrat avec Allen, en annonçant que A Rainy Day in New York serait directement distribué sur la plateforme Amazon, sans sortie salles aux Etats-Unis. Je ne sais pas encore comment il sera distribué en France. Mais Woody Allen ne semble pas décidé à prendre une retraite forcée puisqu’il maintient son rythme d’écriture. Un nouveau film est en préparation, produit avec une société espagnole. Peut-être qu’un nouvel exil européen, forcé cette fois-ci, se profile ?

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