Olivier Père

Phenomena de Dario Argento

Phenomena fait partie des six longs métrages de Dario Argento réédités en salles par Les Films du Camélia à partir du 27 juin, avec L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues, Les Frissons de l’angoisse, Suspiria et Opera.

Réalisé en 1984, Phenomena fut sous-estimé par les fans français de Dario Argento à sa sortie. Ils reprochaient à leur réalisateur préféré d’avoir invité des groupes de hard rock, et Bill Wyman, à participer à la bande originale, tonitruante, aux côtés des habituels Goblin. Ils l’accusaient aussi d’avoir cédé aux facilités du « slasher » américain en proposant une intrigue plus conventionnelle que ses films précédents. Il n’y a rien de plus faux. Phenomena propose une approche très originale, et toujours aussi européenne, du cinéma criminel et fantastique. Argento situe l’action de son film en Suisse allemande, dont il restitue l’ambiance clinique et froide, en inventant une nouvelle forme de terreur blanche. Dans un collège près de Zurich, une jeune fille capable de communiquer avec les insectes retrouve la trace d’un assassin sadique. Cette idée de départ insolite bien que basée sur une réalité scientifique donne naissance à des images stupéfiantes et poétiques. Visuellement superbe, Phenomena est le portrait d’une adolescente pour qui la transformation en femme va passer par une série d’épreuves cruelles et dangereuses, mais dont elle sortira triomphante.

Phenomena marque un tournant dans la carrière du cinéaste italien, qui puise comme à son habitude dans le cinéma expressionniste et les productions de Val Lewton (une scène entière est calquée sur l’introduction de La Malédiction des hommes chats), mais délaisse les outrances baroques et sanglantes d’Inferno ou Ténèbres et oriente son film du côté de Lewis Carroll et du conte de fée, malgré des scènes de meurtres violents comme d’habitude. Sa frêle héroïne, qui possède la beauté lunaire d’une Jennifer Connelly adolescente (elle avait été remarquée par Argento dans le film de son ami Sergio Leone Il était une fois en Amérique) traverse en somnambule un univers terrifiant peuplé d’humains monstrueux et d’animaux bienveillants. Argento compose avec les éléments naturels (l’eau, le vent, la nuit, la forêt) un fascinant jeu de piste onirique, traversé de pièges, d’énigmes visuelles et d’instants magiques. Si Phenomena est aussi beau, c’est aussi grâce à son interprète principale, d’une grâce juvénile extraordinaire.

Lors de sa sortie dans les salles françaises le 12 juin 1985, Phenomena avait été expurgé de quelques images particulièrement violentes. Cette réédition devrait permettre de le redécouvrir dans sa version intégrale, plus fidèle à l’imagination sadique de son auteur.

Phenomena de Dario Argento

Phenomena de Dario Argento

 

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