Olivier Père

Adieu poulet de Pierre Granier-Deferre

ARTE diffuse Adieu poulet dimanche 10 juin à 20h50. Pierre Granier-Deferre n’avait pas la réputation d’être un rigolo (ses adaptations de Simenon en témoignent), il a pourtant signé avec Adieu poulet l’une des meilleures comédies policières françaises, grand succès populaire des années 70. Si Granier-Deferre prête tout son savoir-faire au projet, la réussite du film incombe aussi – et surtout – au scénariste Francis Veber qui met sa verve au service de la réunion de deux générations d’acteurs, Lino Ventura et Patrick Dewaere, flics en butte à l’hostilité de leurs supérieurs et d’un politicien conservateur, dans la bonne ville de Rouen. Veber et Granier-Deferre croquent avec un humour sarcastique l’ambiance d’une ville de province pendant une campagne électorale, avec son lot de magouilles, de pressions politiques et de coalition louche entre les truands et les notables locaux. Ventura et Dewaere jouent avec délectation les empêcheurs de tourner en rond, le premier dans son rôle habituel de force bourrue et inflexible, le second en chien fou gouailleur et cynique. Le duo fonctionne et propose deux facettes de l’idéalisme et de l’anarchisme au milieu de l’hypocrisie, de la lâcheté et de la corruption généralisées. Le commissaire Vergeat (Ventura) croit encore en certaines valeurs qu’il ne partage plus avec personne, tandis que l’inspecteur Lefèvre (Dewaere), plus jeune, ne se fait aucune illusion sur les chances de voir triompher l’honnêteté et la justice. Vergeat, assisté de Lefèvre, va transformer la traque de l’assassin de l’un de ses hommes et d’un colleur d’affiches en baroud d’honneur, ultime occasion de tourner en ridicule les imbéciles et les pourris qui contrôlent la ville. Adieu poulet possède l’avantage de se prendre moins au sérieux que les brûlots de dénonciation politique et sociale qui fleurissaient sur les écrans à la même période. Le mélange entre polar musclé, répliques cinglantes et notations humoristiques sur les bassesses humaines est bien équilibré. Les seconds rôles pittoresques (Zardi, Attal…) et la sympathique galerie d’acteurs autour du duo de vedettes (Julien Guiomar, Victor Lanoux, Pierre Tornade, Claude Rich…) rapprochent le film de certaines réussites de Mocky sur des sujets proches. Adieu poulet est aujourd’hui un témoignage savoureux de la France giscardienne – le portrait du président apparait à plusieurs reprises. Le film reste un modèle de production commerciale destinée au grand public capable malgré tout de distiller une bonne dose d’irrévérence et de mauvais esprit. Les dialogues de Veber sont célèbres à juste titre et Ventura et Dewaere tout simplement formidables.

 

Adieu poulet vient d’être réédité dans une collection prestige en combo DVD et blu-ray, dans une version restaurée en 4K, chez TF1 studio.

Lino Ventura et Patrick Dewaere dans Adieu poulet

Lino Ventura et Patrick Dewaere dans Adieu poulet

 

 

Catégories : Actualités · Sur ARTE

3 commentaires

  1. Sawyer dit :

    Même si je ne pense pas grand bien de Simenon, « Le train » de Pierre Granier-Deferre est pas mal du tout.
    « Adieu poulet » : pas vu.
    Je connais assez mal la filmo de Pierre Granier-Deferre (je n’ai vu que 4 films)… mais il y a sans doute des choses intéressantes, qui sait…

    « (…) rapprochent le film de certaines réussites de Mocky sur des sujets proches »
    Ah, Mocky !
    Je pense à la fameuse phrase de Mozart (« Amadeus ») :
    « Je suis vulgaire, mais ma musique ne l’est pas ! »
    Mocky lui, on pourrait parfaitement lui faire dire :
    « Je suis vulgaire, et mes films sont à mon image : vulgaires ! »
    Mocky dénonce dans ses propres films ce qu’il incarne lui-même à la perfection : le beauf vociférant et franchouillard.

    (Bon allez, plaisir coupable, j’avoue : « La machine à découdre » vaut le détour… enfin, essentiellement pour Patricia Barzyk et sa nudité sculpturale affriolante).

    • olivierpere dit :

      Au sujet de Mocky vous confondez vulgarité et grossièreté, voire trivialité. Ses films des années 60, 70 et même 80 sont formidables. Il ne faut pas confondre non plus le réalisateur et l’invité des plateaux télé.

      • Sawyer dit :

        Bon, d’accord, il y a différentes formes de vulgarité, grossièreté ou trivialité… et soit on y est sensible… ou pas.

        J’aime la trivialité d’un Sergio Leone, d’un Fellini, d’un Kubrick, d’un Scorsese.
        Et Brian de Palma aussi, à ses heures (réplique fameuse d’un de ses films) :
        « Elle était plus qu’une bonne baiseuse pour moi : elle était la lumière de ma vie ! »
        (On dirait du Houellebecq avant l’heure)

        Si on reste dans le cinéma français, les films de Bertrand Blier furent assez réjouissants, je le reconnais (les années 70 & 80, sa meilleure période : « Les valseuses », « Calmos », « Préparez vos mouchoirs », « Buffet froid », « Tenue de soirée »).

        https://www.youtube.com/wat

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