Olivier Père

Détective de Jean-Luc Godard

ARTE diffuse Détective (1985) de Jean-Luc Godard mercredi 13 décembre à 22h35, dans le cadre de notre soirée en hommage à Johnny Hallyday.

Détective est un des rares films de Jean-Luc Godard réalisés d’après un scénario préexistant qu’il n’a pas écrit lui-même. Il s’agit d’une commande de polar du producteur Alain Sarde, afin de réunir l’argent nécessaire à la finition du précédent film de Godard, Je vous salue, Marie.

Comme à son habitude, Godard transcende cette opération financière et transforme le scénario de Philippe Setbon et Sarde en poème funèbre, traversé de citations littéraires, de fulgurances lyriques et de gags visuels. Le cinéaste réunit dans un grand hôtel parisien une troupe d’acteurs de différentes générations et familles (Alain Cuny, Jean-Pierre Léaud, Laurent Terzieff, les débutantes Julie Delpy et Emmanuelle Seigner, …) et un trio de stars, Johnny Hallyday, Nathalie Baye et Claude Brasseur. Un tournage houleux marqué par des accrochages avec certains techniciens et acteurs consommera le divorce de Godard avec l’industrie du cinéma français. Cette expérience l’invitera à privilégier les productions légères avec une équipe de plus en plus réduite, pour retrouver la joie de travailler et la solitude désirée d’un créateur d’images et de sons débarrassé des contingences du marché et retranché en terre helvétique. Il n’empêche que Détective, revu aujourd’hui, s’impose comme l’un des grands Godard, toutes périodes confondues.

Cette histoire de triangle amoureux sur fond de dettes, d’enquête et de mafia permet à Godard de filmer la circulation du désir et de l’argent, la fin d’un monde peuplé de morts en sursis. C’est aussi l’occasion de convoquer les fantômes du cinéma d’hier et Johnny Hallyday apporte sa fatigue et sa mélancolie à la figure émouvante d’un impresario de boxeur, échappé d’un film américain des années 40. Le chanteur survole le chaos ambiant et se révèle à son aise chez Godard, affublé du patronyme de Jimmy Fox Warner, en clin d’œil au grand cinéma hollywoodien – Détective est dédié à Edgar G. Ulmer, John Cassavetes et Clint Eastwood, trois francs-tireurs, chacun à sa façon, dans l’usine à rêves.

 

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4 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Pas revu depuis une éternité.Souvenir d’un film « hanté  » par l’histoire du cinéma tout comme Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma (repris en salle par Capricci).
    Je vois d’ailleurs dans ce diptyque une forme de prélude aux Histoire(s) du cinéma que JLG allait entreprendre trois ans après dans une logique effectivement intimiste, proche de la caméra stylo définie par Astruc.
    Trois cinéastes de cette génération se sont approprié génialement ce concept rendu possible grâce aux caméras numériques: JLG, Varda et Cavalier.
    En tout cas, vous avez raison de diffuser ce Détective, l’une des rares incursions dignes d’attention de Johnny H dans le 7ème art.
    Si on a mauvais esprit, on peut rappeler le naufrage hallucinant de Terminus de PW Glenn, dont Johnny H fut l’initiateur. Tentative de Mad Max française ( au fait G Miller le connait-il? ) qui ne pète pas plus haut que 2019, après la chute de NY ou Les guerriers du Bronx voire parvient à faire pire!

    • olivierpere dit :

      Absolument, c’est un film hanté par l’histoire du cinéma (par la présence de Cuny, Léaud, Terzieff), de la Nouvelle Vague au cinéma hollywoodien de série B en passant par Visconti, les formalistes russes… à relier à Grandeur et décadence… et les Histoire(s) du cinéma.
      Davantage que Terminus, on retiendra parmi les incursions de Johnny dans le cinéma de genre deux réussites mineures, mais réussites quand même : Le Spécialiste de Sergio Corbucci western italien politique qui se moque des utopies libertaires post 68 et Vengeance de Johnnie To, polar hong kongais tourné à Macao. Dans le premier Johnny marche sur les pas de Clint Eastwood ou Franco Nero dans un rôle de pistolero solitaire, dans le second il remplace Alain Delon au pied levé dans cet hommage crépusculaire au cinéma de Melville.
      Jamais vu Point de chute (1970) de Robert Hossein, thriller bis qui a l’air sympa avec Johnny dans le rôle de « Vlad le roumain »…

      • ballantrae dit :

        Vlad, forcément un voyou Roumain! Sacré R Hossein, toujours le mot pour rire, bien avant Les misérables…
        Le spécialiste ne me semblait pas un très bon film dans mon souvenir et Johnny H y est pour beaucoup alors que le J To n’est pas mal, assez nerveux par moments mais pas le meilleur film de son auteur, loin s’en faut.
        Dans Détective , présence aussi de S Ferrara ex boxeur recyclé en acteur doté d’une belle présence.On le reverra justement chez Ossang et dernièrement dans le nouveau Cattet/Forzani tiré du polar de JP Manchette Laissez bronzer les cadavres.

  2. JICOP dit :

    Il n’y a rien à faire , je sais que c’est presque un crime de lèse majesté mais Godard , à partir d’une certaine période , je n’y arrive pas .
    J’ai essayé à nouveau pour Johnny mais non , je n’accroche décidemment pas : trop décousu dans la structure , une musique envahissante et dissonante , des dialogues décalés .
    Il y a tout ce que vous évoquez , beaucoup d’intelligence mais je n’y suis pas sensible .
    Ou quand la littérature pris définitivement le pas sur le cinéma dans l’œuvre du Suisse .

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