Olivier Père

ARTE Kino Festival 2 : Frost de Sharunas Bartas

La seconde édition du festival se poursuit jusqu’au 17 décembre. Parmi les dix films, Frost de Sharunas Bartas (disponible sur la plateforme dans de nombreux territoires européens, mais pas en France) est le seul qui fut découvert à Cannes. Depuis sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs, sa réputation ne cesse de grandir. Il sortira l’année prochaine, dans un montage légèrement remanié par son auteur – celui-là même qui est proposée par ArteKino Festival. Un couple de jeunes Lituaniens accepte de convoyer du matériel humanitaire depuis Vilnius jusqu’en Ukraine. Leur voyage sera ponctué de rencontres, avant leur arrivée dans la zone de guerre du Donbass. Frost est sans doute le plus abouti des films de Sharunas Bartas depuis ses débuts dans les années 90 (Trois Jours, Corridor, Few of Us). Toujours aussi mélancolique mais davantage tenté par le récit que dans ses œuvres précédentes, le cinéaste lituanien nous invite à la triste initiation de jeunes gens confrontés à la réalité d’un conflit dont ils cherchent à comprendre les enjeux, au risque de se perdre. A vouloir regarder la vérité en face, et de trop près, la mort se profile comme la seule issue possible. Comme à son habitude Bartas parvient à concilier dans son cinéma captation documentaire et dimension mythologique. Le tournage du film, dont on ressent progressivement le danger, se confond avec l’odyssée de ses protagonistes, deux jeunes gens (Lyja Maknaviciute et Mantas Janciauskas) dont c’est la première apparition à l’écran et qui possèdent la grâce et l’intensité de modèles bressoniens.

Frost sortira en France au premier trimestre 2018 (date à confirmer), distribué par REZO Films.

Frost de Sharunas Bartas

Frost de Sharunas Bartas

Catégories : Actualités

6 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Vu en avant première, film très fort je le confirme et qui fait évoluer le cinéma de Bartas vers une ligne narrative plus nette car de récit il y avait peu dans ses premiers films tels Corridor, Trois jours, Few of us.
    Ce dernier me semblait déjà magnifique pour ce qui est de l’équilibre entre documentaire et recherche plastique.
    The house que j’aime aussi beaucoup s’affranchissait pour le coup du récit donnant lieu à des surgissements poétiques tous surprenants et beaux.
    Comme Sokourov pour Povinnost ou Alexandra, Bartas essaie d’aller voir ce que peuvent signifier les mots guerre et frontière dans leur réalité concrète , presque insidieusement quotidienne.
    Les « affaires » autour de Bartas ne doivent surtout pas décourager les spectateurs d’aller voir Frost, film déjà important de 2018.Le report de sortie est il dû à cette atmosphère un tantinet pénible? Toujours est il qu’il est d’abord question ici de cinéma et si possible de grand cinéma.
    Et qu ‘on laisse bosser normalement la Cinémathèque…

    • olivierpere dit :

      Non la sortie française a été décalée en raison de la faillite du distributeur initial. L’avant-première du film à la Cinémathèque le 15 janvier, dans le cadre d’une rétrospective du cinéma lituanien, est maintenue.

      • ballantrae dit :

        Je préfère cela …enfin, je suis désolé pour le distributeur…mais je craignais que le film s’avère bloqué par quelque pression externe.
        Autre film à la sortie « flottante », le nouveau FJ Ossang Neuf doigts que je vous recommande.L’avez vous vu?

        • olivierpere dit :

          Non pas encore. Il doit être distribué par Capricci, non ?

          • ballantrae dit :

            Oui, c’est bien Capricci. Quand je dis flottante c’est que sa sortie a été reportée de janvier à mars je pense pour avoir plus de « visibilité ».
            C’est un retour en force de FJ Ossang qui renoue avec un imaginaire riche et cryptique parfois proche de certains Ruiz avec son univers marin et ses aventuriers revenus de tout.Pas sans évoquer non plus ce film-source de Ruiz qu’est Une histoire immortelle de Welles.
            Puisqu’on parle de Capricci, je ne saurais trop vous recommander la lecture de m’essai Samuel Fuller , un homme à fables de J Narboni paru fin novembre.
            Excellent ouvrage qui remet Fuller à sa vraie place dans le cinéma , un alcool fort dans la lignée d’un EV Stroheim.

          • olivierpere dit :

            Je viens de le lire, très bon essai dans lequel Narboni mêle aux souvenirs de ses conversations avec Fuller (le livre incontournable d’entretiens co-écrit avec Simsolo) un passage en revue des thématiques fulleriennes, des considérations actuelles et une mise à jour de la perception critique du cinéaste en France, pays où il fut paradoxalement le plus adulé et le plus détesté (la réputation de fasciste inventée dans les années 50, période très politisée où le PCF dominait les débats culturels et artistiques)

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