Le Continent des hommes poissons de Sergio Martino

Il n’y a pas de plaisir coupable. Si nous aimons ce film, c’est parce qu’il possède le charme des récits d’aventures maritimes à la Jules Verne, en même temps qu’il propose une nouvelle version, clandestine, de L’Ile du docteur Moreau de H.G. Wells. Le filon exotique fut largement exploité par les producteurs italiens dans les années 60 et 70, avec une ribambelle de titres qui naviguaient de la tarzanerie néocolonialiste au porno soft ensoleillé, sans oublier la vague crapuleuse du film de cannibales ou de zombies, amorcée par les succès de Cannibal Holocaust et L’Enfer des zombies. Le Continent des hommes poissons (L’isola degli uomini pesce, 1979) de Sergio Martino nage dans des eaux moins troubles. Il s’agit de ressusciter un cinéma fantastique à l’ancienne, avec l’esthétique particulière des productions Dania Films, dirigée par les deux frères Martino, Sergio et Luciano : lumière tamisée, grand angle et écran large, rythme lancinant, petites vedettes italiennes bâties pour l’action (ici Claudio Cassinelli) et acteurs américains en fin de carrière (Joseph Cotten). Le film recycle quelques éléments du western italien, tant visuels que thématiques, avec la description d’une communauté fantôme régie par un despote fascisant et mégalomane. Mais le film brasse aussi le mythe de l’Atlantide, une éruption volcanique, du vaudou et plein d’autres choses. Le Continent des hommes poissons conte l’arrivée sur une île sauvage de la mer des Antilles d’un groupe de naufragés, en 1891. Parmi eux, un médecin progressiste va découvrir d’étranges rites, et surtout les cruels desseins du tyran, obsédé par la recherche d’un trésor enfoui sous l’océan. Le clou du film reste les apparitions des fameux hommes poissons du titre, infortunées créatures nées des expériences de laboratoire d’un vieux biologiste retenu prisonnier par le maître de l’île. Les amateurs de monstres amphibies ne seront pas les seuls comblés. Le Continent des hommes poissons permet de contempler la belle Barbara Bach, égérie du cinéma bis italien qui promène son corps de rêve dans des décors de plantation tropicale moite ou des bords de mer mal fréquentés.

Méprisé par la critique et même par une frange des spécialiste de cinéma bis à cause de sa naïveté, Le Continent des hommes poissons fut pourtant un titre populaire dans les salles de quartier, et un petit succès public en France au moment de sa sortie. Il est vrai que le film profitait du souvenir des adaptations britanniques des romans de Edgar Rice Burroughs (Le Sixième Continent et ses suites) qui reposaient aussi sur le mélange anachronique de plusieurs époques (ptérodactyles et nazis) et une ambiance rétro surannée. Et aussi du remake de L’Ile du docteur Moreau réalisé par Don Taylor.

Le Continent des hommes poissons est le dernier volet d’une trilogie exotique réalisée par Martino avec de nombreux acteurs et techniciens en commun, en l’espace de deux ans seulement : La Montagne du dieu cannibale et Alligator furent tournés au Sri Lanka (et dans des studios romains), tandis que Le Continent des hommes poissons se contenta des côtes de la Sardaigne.

La Cinémathèque française propose ce soir vendredi 29 septembre un double programme dédié à Sergio Martino avec ce film en première partie à 20h suivi d’une autre réussite du versatile Martino, 2019 après la chute de New York, l’un des titres les plus fréquentable de la science-fiction post apocalyptique à l’italienne, directement inspiré par le New York 1997 de John Carpenter. Inventif, mouvementé et carnavalesque, 2019 après la chute de New York constitue en 1983 une sorte de chant du cygne du cinéma de genre italien.

2019 après la chute de New York de Sergio Martino

2019 après la chute de New York de Sergio Martino

 

 

 

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