Olivier Père

La Barbe à papa de Peter Bogdanovich

ARTE diffuse La Barbe à papa (Paper Moon, 1973) de Peter Bogdanovich lundi 25 septembre à 20h50. Réalisé au début de sa carrière, après le triomphe de La Dernière Séance, La Barbe à papa est l’un des plus grands succès public de Bogdanovich. Succès mérité puisque ce film compte parmi les belles réussites de ce cinéaste dont l’étoile a rapidement pâli à Hollywood mais qui continue d’être porté aux nues par certains critiques et cinéphiles, surtout de l’autre côté de l’Atlantique. Contrairement à d’autres auteurs américains de sa génération, Bogdanovich n’a pas cherché à révolutionner le cinéma. Mémoire vivante du cinéma hollywoodien dès son plus jeune âge – il consacra plusieurs livres et documentaires aux pionniers du cinéma muet et aux grands réalisateurs américains des années 30 et 40 – Bogdanovich s’est vite présenté comme un héritier soucieux de prolonger une certaine idée de la mise en scène illustrée par Ford, Hawks ou Welles. Cinéaste nostalgique du star system et des grands studios, Bogdanovich exprime dans ses films son admiration pour le cinéma hollywoodien classique jusqu’à une certaine forme de mimétisme. Contemporain de Scorsese, Friedkin ou Coppola, Bogdanovich exclue de ses films toute forme de violence, pourtant très présente dans la culture et le cinéma américain des années 70. La Barbe à papa prend à rebours la surenchère maniériste ou spectaculaire du Nouvel Hollywood. L’histoire est simple, les personnages émouvants, la mise en scène élégante et peu ostentatoire, malgré le soin apporté aux cadrages et à la profondeur de champ, qui renvoie directement aux Raisins de la colère de John Ford et à d’autres films tournés à l’époque de l’action du film. La Barbe à papa (second film en noir et blanc de Bogdanovich après La Dernière Séance, et superbe photographie de László Kovács) se déroule dans les années 30, pendant la Grande Dépression et la Prohibition. C’est un road movie dans lequel un petit escroc itinérant et une gamine qui pourrait être sa fille traversent les paysages du Middle West, dans un périple parsemé de rencontres et d’arnaque. Le film montre la rencontre de deux solitudes et la complicité de l’homme et l’enfant, bientôt unis par des liens plus forts qu’une hypothétique relation père fille. Bogdanovich confirme son goût pour les longues scènes dialoguées et les joutes verbales en plan séquence qui mettent en valeur les performances d’acteurs. L’alchimie entre Ryan O’Neal et sa propre fille Tatum, neuf ans au moment du tournage, est merveilleuse à l’écran. Tatum O’Neal est craquante et reste la plus jeune actrice à avoir remporté un Oscar (du second rôle, même si elle est dans presque tous les plans de La Barbe à papa). En 1974, Wim Wenders a tourné Alice dans les villes qui possèdent plusieurs points communs avec La Barbe à papa, notamment dans son appréhension nostalgique des paysages américains. Mais Bogdanovich titre davantage son film vers la comédie que le drame existentiel.

2101029 Paper Moon

La Barbe à papa de Peter Bogdanovich

Tatum O'Neal dans La Barbe à papa de Peter Bogdanovich

Tatum O’Neal dans La Barbe à papa de Peter Bogdanovich

 

Catégories : Sur ARTE

3 commentaires

  1. Laurent Prevost dit :

    Vu hier soir! Superbe!!!

  2. Jacques M dit :

    Merci Olivier pour cette recommandation ! Tatum est irrésisitible, et les dialogues sont savoureux !

  3. ballantrae dit :

    Très belle réussite de Bogdanovich qui est souvent sous estimé de ce côté ci de l’Atlantique et qui, ne l’oublions pas, est un vrai cinéphile auteur de magnifiques entretiens avec Welles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *