Man on the Moon de Milos Forman

Carlotta réédite en salles Man on the Moon (1999) mercredi 13 septembre, pendant que la Cinémathèque française organise jusqu’au 20 septembre une rétrospective complète des films de Milos Forman.

C’est l’un des meilleurs films de Milos Forman, qui à travers la vie et la brève carrière du comique Andy Kaufman critique de l’intérieur la société du spectacle, son grand sujet (qu’on se souvienne de son premier film américain, le remarquable Taking Off sur la récupération mercantile du mouvement hippie à laquelle Forman participera lui-même quelques années plus tard avec la version cinématographique de Hair), et dresse le portrait d’un artiste anticonformiste, énigmatique et surdoué, qui finira par payer ses excès et son irrespect envers le système et le milieu du show business. Toute ressemblance entre Wolfgang Amadeus Mozart et Andy Kaufman pourrait paraître aussi fortuite qu’exagérée et pourtant les deux hommes, qui inspirèrent à Forman deux beaux films aux qualités et aux approches comparables – sont des trublions de génie, intenses, asociaux et créatifs, brisés par leurs audaces et disparus prématurément.

Peu connu en France et en Europe avant la sortie du « biopic » de Forman, Andy Kaufman (1949-1984) était un acteur new yorkais dont les spectacles de « stand up comedy » firent sensation avant qu’il n’accède à la célébrité grâce à un rôle récurrent dans une « sitcom » très populaire à la télévision à la fin des années 70, « Taxi. » Cette série créée par James L. Brooks était également interprétée par Danny DeVito et Christopher Lloyd qu’on retrouve au générique de Man on the Moon (Lloyd jouant son propre rôle vingt ans plus tard et DeVito celui de George Shapiro, l’agent et ami de Kaufman.)

Mais Andy Kaufman n’était pas un comique comme les autres. D’ailleurs il réfutait cette appellation et ses numéros sur scène se rapprochaient davantage de la performance ou du happening situationniste, remettant sans cesse en question la place du spectateur et repoussant les limites de la représentation et de l’illusion théâtrale. Son sens de l’humour était marqué par un goût de l’absurde et la volonté de déstabiliser, voire de choquer le public, avec des provocations énormes à une époque où l’on ne parlait pas encore de « politiquement incorrect. » Kaufman était aussi fameux pour inventer des personnages qu’il incarnait dans des sketches mais aussi des apparitions publiques, semant la confusion sur leur identité véritable. C’était particulièrement le cas de Tony Clifton, caricature du crooner de piano-bar bedonnant, vulgaire et détestable qui finit par acquérir une véritable autonomie par rapport à son créateur, d’autant plus que Kaufman n’était pas le seul acteur à se mettre dans la peau de Clifton. Tony Clifton est la grande attraction du film de Forman – parmi d’autres moments et dialogues d’anthologie, lui offrant ses séquences les plus hilarantes, et permettant à un Jim Carrey méconnaissable une performance plus grand que nature.

Il faut dire que Jim Carrey est absolument génial dans le rôle d’Andy Kaufman, s’emparant d’un personnage réel pour délivrer une création unique et originale. Jim Carrey, véritable effet spécial humain avait lui aussi débuté sa carrière dans les spectacles de stand up et « l’homme au visage de caoutchouc » comme on l’appelait à l’époque s’était fait remarquer pour ses imitations d’acteurs hollywoodiens. Lorsqu’il reprend le fameux spectacle de Kaufman imitant Elvis Presley, Carrey nous plonge une mise en abyme vertigineuse dans laquelle ses propres prouesses transformistes s’avèrent encore plus impressionnantes que celles de son modèle.

Jim Carrey est également magnifique et très émouvant dans des scènes plus intimistes nous faisant regretter que cet acteur n’ait pas trouvé suffisamment de rôles – dramatiques ou pas – à la (dé)mesure de son talent.

Jim Carrey est Andy Kaufman est Tony Clifton

Jim Carrey est Andy Kaufman et Tony Clifton dans Man on the Moon de Milos Forman

 

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