Olivier Père

Viktor Viktoria de Reinhold Schünzel

Dans son journal Goebbels écrivait le 19 mai 1942 au sujet de la production cinématographique de la France occupée qu’il fallait « des films légers, vides et si possibles stupides. »

Ce programme avait été appliqué par le ministre de la propagande dès 1933, lorsque Hitler devint chancelier de l’Allemagne, avec la volonté de produire des films destinés à distraire et amuser le plus large public possible.

Viktor Viktoria (Viktor und Viktoria) de Reinhold Schünzel fut le plus grand succès au box office allemand de l’année 1933. C’est un film de transition entre la République de Weimar qui vit s’épanouir une forme de liberté sexuelle et un relâchement des mœurs – Viktor Viktoria est une comédie de travestis – et le nouveau régime nazi qui encourage les films rassurants et divertissants, porteurs d’une morale petite bourgeoise. Même s’il raconte l’histoire d’une jeune actrice qui se déguise en homme dans un spectacle de cabaret, le film ne s’intéresse guère au trouble érotique ou à la confusion des genres que pouvait laisser espérer un tel sujet. Son charme réside surtout dans son interprétation enlevée et les chansons qui parsèment le récit. Comme de nombreuses comédies des années 30 Viktor Viktoria est rythmée par des passages musicaux et chantés qui donnent à ce vaudeville situé dans les coulisses du monde du théâtre des allures d’opérette. Reinhold Schünzel put encore tourner six films sous le IIIème Reich malgré ses origines juives, grâce à des autorisations exceptionnelles que le succès commercial lui permettait d’obtenir, avant son exil forcé en 1937. L’actrice principale de Viktor Viktoria, Renate Müller, connut un destin tragique et compte parmi les victimes de la dictature nazie qui cherchait à contrôler la vie privée des vedettes de cinéma. Après avoir refusé de tourner dans des films de propagande, Renate Müller fut placée sous surveillance permanente de la Gestapo et mourut dans des circonstances mystérieuses à 31 ans, officiellement d’une crise d’épilepsie.

Viktor Viktoria à la popularité jamais démentie fit l’objet d’une version française tournée simultanément (Georges et Georgette avec Julien Carette) et de plusieurs remakes. Le plus célèbre demeure celui de Blake Edwards réalisé en 1982. Supérieur en tous points à son modèle, Victor Victoria aborde avec plus de franchise le thème de l’homosexualité et joue davantage sur les ressorts comiques de la gêne ressentie par l’homme à femmes séduit par Victoria travestie sur scène.

 

Viktor Viktoria est diffusé lundi 4 septembre à 22h40 sur ARTE, dans le cadre de l’hommage à la UFA. Il sera disponible en télévision de rattrapage pendant 30 jours sur le site d’ARTE.

 

2096511 Viktor und Viktoria

Renate Müller dans Viktor Viktoria

Viktor Viktoria de

Viktor Viktoria

Catégories : Sur ARTE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *