Olivier Père

Impitoyable de Clint Eastwood

Clint Eastwood dans son film Impitoyable

Clint Eastwood dans son film Impitoyable

Impitoyable (Unforgiven, 1992) est une dernière chevauchée. Dédié à Don (Siegel) et Sergio (Leone), le chef-d’œuvre définitif de Clint Eastwood demeure l’un de ses films les plus politiques et son adieu au western.

Souhaitant punir un cow-boy qui a défiguré une des leurs, des prostituées engagent un tueur à la retraite, devenu fermier, qui a renoncé à la violence mais reprend les armes pour éponger ses dettes. Avec ce film crépusculaire, Eastwood entend non seulement conclure l’histoire du western mais aussi son rapport intime avec le genre et mettre un terme à l’évolution de son personnage, réduit à une simple silhouette dans les westerns de Sergio Leone, puis objet d’une humanisation et d’une complexification constantes. La star est née hors des frontières des États-Unis, jouet des constructions ironiques et mélancoliques de Leone, et l’acteur réalisateur a dû rentrer au pays pour s’approprier, un peu grâce à Don Siegel mais surtout à ses propres films, les thèmes et les mythologies de l’Amérique. Après L’homme des hautes plaines, Josey walés hors-la-loi et Pale Rider, le cavalier solitaire (diffusé le 27 août sur ARTE), Impitoyable est l’aboutissement de ce travail. Eastwood y parachève ses pulsions masochistes et une obsession presque complaisante si elle n’était teintée d’humour pour sa décrépitude (ses chutes de cheval à répétition). Mais il ne s’intéresse pas qu’à son image, pas plus qu’à celle du western. Eastwood opère un retour au classicisme, et puise son inspiration chez William Wellman et Anthony Mann, pour leur réflexion sur la violence, davantage que Ford, même si Impitoyable évoque parfois le très noir La Poursuite infernale (My Darling Clementine). Le film surprend par sa dimension politique. Celui qui fut longtemps – et encore aujourd’hui en raison de déclarations publiques qui sont en contradiction avec ses films – soupçonné de fascisme montre à quel point tout pouvoir qui use de la brutalité perd sa légitimité, prend la défense des déclassés et dénonce une société répressive qui trouve dans l’Amérique des années 90 marquée par la Guerre du Golfe et les violences policières de sombres échos. Eastwood, qui connaît ses limites d’acteur, confie le rôle du sadique shérif à Gene Hackman, une fois de plus grandiose.

 

Impitoyable est ressorti le 21 juin en version restaurée, distribué par Warner Bros. France pour célébrer le 25ème anniversaire du film. A cette occasion, Impitoyable est également disponible dans une nouvelle édition blu-ray limitée 4K Ultra HD.

 

 

 

 

 

Catégories : Actualités

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