Olivier Père

Gigi de Vincente Minnelli

ARTE diffuse dimanche 12 février à 20h45, dans le cadre d’une soirée consacrée à Leslie Caron (photo en tête de texte), Gigi (1958) de Vincente Minnelli. Cette comédie musicale d’après la nouvelle de Colette écrite en 1944 obtint une pluie de neuf Oscars en 1958, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. Sept ans après Un Américain à Paris, c’est un nouveau triomphe pour Minnelli, Leslie Caron (qui trouve ici son meilleur rôle) et le producteur Arthur Freed. C’est aussi une nouvelle déclaration d’amour de Minnelli à la capitale et la culture françaises, ses peintres, ses dandys jouisseurs et son art de vivre. Le film offre une reconstitution somptueuse de la Belle Epoque, où s’expriment les qualités de coloriste de Minnelli, son goût pour la surcharge décorative, son raffinement dans les moindres détails. Contrairement à la plupart des comédies musicales hollywoodiennes, Gigi se soucie d’exactitude historique et culturelle. Le film est tourné sur les lieux de son action, tirant profit de célèbres sites parisiens, tandis que les trois acteurs principaux, Louis Jourdan, Maurice Chevalier et Leslie Caron sont Français. L’absence de ballets et de numéros dansés apporte un surcroit de réalisme inattendu, qui n’exclue pas la rêverie et l’idéalisation, inhérentes au cinéma de Minnelli. Le cinéaste atténue ce qu’il pouvait y avoir de grivois et de cruel dans l’œuvre de Collette pour peindre le tableau d’un monde révolu et conter l’éducation sentimentale d’une jeune fille désargentée, la naissance de l’amour chez un richissime homme d’affaires couvert de femmes, qui s’ennuie dans une existence de luxe et de plaisir. On retrouve dans Gigi le génie de Minnelli, cinéaste capable d’investir les éléments de décors, les accessoires, d’une puissance dramatique et narrative inouïe, tel ce salon aux tentures rouges, havre de paix où Gaston vient retrouver Gigi, loin de la frénésie de la vie mondaine. Cinéaste des rêves et des sentiments, Minnelli signe avec Gigi un adieu à la Belle Epoque mais aussi à l’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne, où la joie se teinte de mélancolie.

Louis Jourdan et Leslie Caron dans Gigi

Louis Jourdan et Leslie Caron dans Gigi de Vincente Minnelli

 

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