Olivier Père

Maya de Raymond Bernard

Une curiosité, mais quelle curiosité ! Raymond Bernard est un cinéaste dont on sous-estime encore l’importance dans l’histoire du cinéma français. Il est auteur de grands films muets et surtout d’au moins deux chefs-d’œuvre absolus dans les années 30, Les Croix de bois d’après Dorgelès et sa version (la meilleure) des Misérables avec Harry Baur dans le rôle de Jean Valjean. Ces deux monuments ont eu tendance à éclipser le reste de sa filmographie, un peu oubliée et guère fréquentée par la cinéphilie d’aujourd’hui. C’est regrettable et fort heureusement l’édition DVD en France et le travail de restauration de notre patrimoine cinématographique permettent de réparer petit à petit cette injustice.

Maya n’est pas un classique et n’a même pas la réputation d’être un bon film. Il a été réalisé en 1949, à une époque où la carrière de Bernard s’étiole inexorablement. Raymond Bernard adapte pour l’écran, avec son auteur, une pièce à succès de Simon Gantillon écrite en 1924. Cela explique en partie le caractère daté du film au moment de sa sortie. Son atmosphère et ses personnages renvoient au réalisme poétique d’avant-guerre. Il y a même un membre de l’équipage d’un cargo, Cachemire (interprété par l’acteur émigré russe Valéry Inkijinoff) qui incarne le destin, comme dans un film de Marcel Carné. « Maya » est un mot d’origine hindoue qui signifie « illusion », nous apprend ce personnage. Maya, c’est également le surnom de Bella, la prostituée interprétée par Viviane Romance, dont c’était le rôle préféré de toute sa carrière. Bella, c’est une femme et toutes les femmes, pour ses clients, aventuriers, marins et âmes perdues qui fantasme en elle une autre femme, aimée dans une vie antérieure. Donc Bella n’est finalement personne, sauf une projection de la féminité, une divinité du trottoir, comme le suggère le plan final, où elle se fige, statufiée. Maya baigne dans une atmosphère onirique, à la lisière du fantastique. C’est un beau mélodrame sur les thèmes de l’illusion et de la réalité, volontairement théâtral, avec la mort qui rôde, emportant enfant et amant. Viviane Romance y est bouleversante de sensualité et d’émotion rentrée. C’est aussi dans Maya que l’on trouve l’ultime apparition cinématographique de Fréhel, deux ans avant son décès, dans un rôle similaire à celui qu’elle tenait dans Pépé le Moko. Ne serait-ce que pour elles, Maya est à voir absolument.

Maya est enfin disponible en DVD, édité par Les Documents cinématographiques, qui ont restauré numériquement ce film rare.

 

 

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