Olivier Père

Le Monstre ressuscité de Chano Urueta

Ce film a d’abord une importance historique. Le Monstre ressuscité (El Monstruo resucitado) est le premier titre majeur du cinéma fantastique mexicain. Réalisé en 1953, il précède de quatre ans deux autres jalons essentiels qui allaient inaugurer un nouvel âge d’or de l’horreur et de l’épouvante à partir de la fin des années 50 : Les Vampires de Riccardo Freda en Italie et Frankenstein s’est échappé de Terence Fisher en Grande-Bretagne. Avec beaucoup moins de moyens et une longueur d’avance, le Mexicain Chano Urueta (117 films au compteur, dans tous les genres populaires) fait presque aussi bien que ces deux maîtres du fantastique européen. On pensait avoir affaire à une série Z famélique et on découvre une perle rare du fantastique mexicain, qui annonce les plus belles réussites de Fernando Mendez, comme Les Proies du vampire.

Le Monstre ressuscité s’inspire des films fantastiques produits par la Universal dans les années 30, en y ajoutant une copieuse dose de mélodrame latin et de délire baroque. Le scénario mélange divers éléments littéraires et cinématographiques : le monstre amoureux forcément pathétique, le fétichisme morbide pour les mannequins et autres figures de cire qui se substituent à la compagnie des femmes, le mythe prométhéen avec la résurrection d’un cadavre aux ordres d’un savant fou, les expériences chirurgicales démentes, le sadisme omniprésent…

Urueta brasse sans aucun complexe des ingrédients d’un folklore carnavalesque, proches de la fête foraine ou du train fantôme comme en témoigne le maquillage maladroit (photo en tête de texte) du docteur Crimen, génie autoproclamé au visage hideux, qui vit reclus dans son sinistre manoir où il rumine une haine de l’humanité attisée par un serviteur taré. Les amateurs de fantastique gothique seront aux anges. Le film déploie dans la demeure du docteur Crimen un attirail d’ornements décoratifs et d’accessoires caractéristiques du genre, mais surprend aussi par une austérité de circonstance. La maigreur des moyens oblige le réalisateur à représenter un quai de port dans un décor étroit et mal éclairé, avec des rétroprojections devant lesquelles les acteurs déclament leur texte. Ces trucages apparents, alliés au statisme de la mise en scène, soulignent la théâtralité du film et lui confèrent des qualités d’épure, quasi abstraites.

 

Bravo à Bach Films qui édite ce films en DVD, après d’autres titres rares du cinéma populaire mexicain.

 

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