Olivier Père

Le Schpountz de Marcel Pagnol

C’est Marcel Pagnol qui a offert à Fernandel ses plus grands rôles. On peut le vérifier en revoyant Le Schpountz (1938) dans lequel le comédien marseillais est génial. Le Schpountz est un film à part dans la carrière de Pagnol. Au milieu des années 30 Pagnol va entreprendre une série de films qui sont directement écrits et conçus pour le cinéma, pour la première fois sans origines théâtrales ou littéraires. Il y aura d’abord Merlusse et Cigalon en 1935, mais c’est surtout Le Schpountz, réalisé trois ans plus tard, que le public retiendra. Pagnol y trouve un langage cinématographique spécifique, qui privilégie l’enregistrement scrupuleux de merveilleuses performances d’acteurs, au détriment parfois du réalisme, de la cohérence ou de l’efficacité dramatique. Le Schpountz propose de longues séquences qui sont autant de blocs de temps où les comédiens peuvent faire vivre leurs personnages, aidés par un texte admirable. Ainsi la séquence d’ouverture du Schpountz est-elle anthologique : une formidable dispute entre Irénée (Fernandel) et son oncle Baptiste (Fernand Charpin, grandiose), dans l’arrière-boutique de ce dernier, au sujet des talents cachés du jeune homme qui rêve de devenir une vedette de cinéma, avec la célèbre réplique « tu n’es pas bon à rien, tu es mauvais à tout. »

Mais on pourrait également citer la scène où le barman d’hôtel joué par Maupin, autre « schpountz » du film, explique sa ressemblance avec Raimu, ou la démonstration de Fernandel qui déclame la même phrase, « tout condamné aura la tête tranché », sur des registres et des intonations variés, afin de convaincre un auditoire hilare de son génie dramatique. Certes les meilleures scènes du Schpountz se situent dans sa première partie, mais la suite du film propose une défense et illustration de l’art comique, lorsque Irénée découvre avec stupéfaction qu’il est doué pour faire rire les foules, pas pour les faire pleurer. Pagnol convoque alors Chaplin pour faire l’éloge du rire, « le propre de l’homme », langage universel qui réunit les peuples et trouve dans le cinéma son plus puissant transmetteur. Car Le Schpountz est aussi et surtout une déclaration d’amour au monde du spectacle et plus particulièrement du cinéma, aussi paradoxale que sincère de la part d’un homme de théâtre. Comme Guitry, Pagnol fut l’un des premiers à comprendre que la particularité du cinéma parlant, au-delà des artifices formels des avant-gardes muettes, résidait au contraire dans l’enregistrement fidèle des images et des sons, et l’attention amoureuse aux acteurs. Les conditions rocambolesques de tournage ont sans doute favorisé le vent de liberté qui souffle sur le film. Le Schpountz fut en effet tourné en même temps qu’un autre grand film de Pagnol, Regain d’après Giono, mélodrame au registre beaucoup plus sombre, dans lequel Fernandel campe un personnage aux antipodes d’Irénée.

Réédition du Schpountz en salles et en version restaurée depuis le 7 septembre, avec deux autres films de Marcel Pagnol interprétés par Fernandel : Naïs (co-réal. : Raymond Leboursier, 1945) et Topaze (troisième version, 1951). Distribution : Mission.

 

 

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