Olivier Père

La Nuit des maléfices de Piers Haggard

Dans le cadre de son cycle cinéma Trash sur le diable, ARTE diffuse La Nuit des maléfices (Blood on Satan’s Claw, 1971) de Piers Haggard dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 octobre, à 0h15.

De tous les grands films fantastiques anglais, La Nuit des maléfices est sans doute le plus méconnu et le plus sous-estimé. Il n’a jamais bénéficié d’une réévaluation critique au contraire de nombreux films de la Hammer (La Nuit des maléfices est produit par la Tigon, compagnie beaucoup moins prestigieuse) et il n’a même jamais atteint le statut de classique secret. Pourtant, tous les amateurs qui l’ont vu s’accordent dire – à raison – qu’il s’agit d’un film extraordinaire, l’un des meilleurs jamais consacré à la sorcellerie, et qu’il est capable de rivaliser avec d’autres titres plus fameux comme Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves, La Marque du diable de Michael Armstrong ou The Wicker Man de Robin Hardy réalisés autour de la même période. Le nombre des admirateurs de La Nuit des maléfices a augmenté grâce aux diverses éditions DVD et Blu-ray du film à travers le monde. Je l’ai vu pour la première fois par un pur hasard à l’occasion d’un double programme au Brady, vieille salle de quartier parisienne longtemps dédiée au cinéma d’horreur et d’épouvante. N’avoir aucune connaissance préalable sur ce film avait rendu sa découverte encore plus excitante, même en tenant compte des standards assez élevés d’érotisme et de violence qui régnaient sur l’écran de ce « cinéma des damnés », titre du livre beau et émouvant que Jacques Thorens a consacré au Brady, son quartier et ses habitués (éditions Verticales, 2015).

La façon dont Piers Haggard filme cette enquête sur un cas de sorcellerie dans la campagne anglaise du XVIIème siècle est surprenante de modernité. Les rites païens et sanguinaires mis en scène dans La Nuit des maléfices, et impliquant des enfants et des adolescents (parmi lesquels une perverse et juvénile Linda Hayden en maîtresse de cérémonie sataniste) permettent d’évoquer le récent Kill List (2011) de Ben Wheatley et son atmosphère cauchemardesque. La Nuit des maléfices comporte de nombreuses scènes marquantes et laisse une impression durable, à l’instar de cette séquence finale constituée d’arrêts sur image et de ralentis bizarres.

La Nuit des maléfices de Piers Haggard

La Nuit des maléfices de Piers Haggard

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11 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Très intrigant et à comparer sûrement avec ce The witch que je n’ai toujours pas vu hélas!

    • olivierpere dit :

      Je viens de voir The Witch, pas mal mais je préfère La Nuit des maléfices !

      • ballantrae dit :

        Je vais me faire le double programme dès que possible.On parle beaucoup de films liés à la sorcellerie dans un cadre inquisitorial mais que pense-vous de Haxan de B Christensen qui est un peu la source de tous ces films et qui s’inspire plus directement de Michelet que ce bijou d’animation qu’est Belladona ,
        Dans ses géniaux excès baroques de sabbat comme dans ses passages sobres et épurés, il apparaît comme la matrice des films à venir depuis le très rigoureux Ordet de Dreyer jusqu’aux Diables de K Russel en passant par Kawalerowicz ou les films d’horreur anglais tel que celui que vous chroniquez ici.
        Christensen est un cinéaste du muet tout à fait intrigant qui apparaît aussi comme acteur dans le méconnu Michael de Dreyer.

        • olivierpere dit :

          L’Alliance invisible de Sergio Martino, tourné à Londres, est aussi un bon giallo sur le thème de la sorcellerie…

        • olivierpere dit :

          Je n’ai pas revu Häxan depuis longtemps mais le film laisse un souvenir puissant et a inspiré une grande partie des films sur la sorcellerie qui ont suivi. Belladonna est extraordinaire. Mon film de sorcières préféré reste le Suspiria de Dario Argento!

          • ballantrae dit :

            Sûr que Suspiria est un film extraordinaire et je crois que ceux qui n’ont vu que du vide dans le dernier NWR n’ont su l’appréhender comme remake formaliste ( du formalisme au carré donc compte tenu des expériences déjà hallucinées d’Argento) de Suspiria.
            Je vais essayer de revoir justement le mal aimé Phenomena qui a pourtant ses qualités ne serait ce que par l’intérêt incongru envers le monde des insectes avec son esthétique propre si bien comprise aussi par Cronenberg.

          • olivierpere dit :

            Phenomena est un beau film, la dernière grande réussite de Argento.

          • Benjamin Cocquenet dit :

            Ah mais là, je ne suis pas d’accord : je trouve « Le syndrome de Stendhal » formidable!
            Merci d’avoir accordé un papier à Satan’s Skin, une petite merveille!
            Cordialement

          • olivierpere dit :

            J’ai beaucoup aimé Le Syndrome de Stendhal au moment de sa (non) sortie. Notamment la scène d’ouverture, la visite aux Offices, qui est une leçon de mise en scène. Mais la suite est inégale. C’est pour cela que je préfère Phenomena, que je peux voir et revoir sans me lasser.
            Cordialement,

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