Olivier Père

Le vent se lève de Hayao Miyazaki

« Le vent se lève, il faut tenter de vivre! » Paul Valéry, Le Cimetière marin (1920)

 

A l’occasion du Festival international du film d’animation d’Annecy qui se déroulera du 13 au 18 juin ARTE propose une programmation spéciale animation, avec trois longs métrages ainsi que plusieurs courts et rencontres proposés dans le n°800 du magazine Court-circuit vendredi 17 juin autour de minuit.

Ce mini cycle débute dimanche 12 juin à 20h45 avec la diffusion du vent se lève (Kaze tachino, 2013), ultime chef-d’œuvre de Hayao Miyazaki. Le génie du studio Ghibli a en effet annoncé à l’âge de 73 ans sa décision de prendre sa retraite après cet onzième long métrage, conclusion d’une contribution majeure à l’histoire de l’animation, tous formats confondus, et du cinéma tout court.

Le vent se lève se présente comme un film éminemment personnel qui plonge dans la mémoire et l’enfance de Miyazaki, avec un récit plus réaliste qu’à l’accoutumée. Le fantastique s’invite pourtant à l’occasion des nombreuses scènes oniriques du film. Miyazaki y revient sur deux thèmes qui le fascinent depuis toujours, l’aviation et la Seconde Guerre mondiale. La biographie romancée de Jirô Horikoshi, le concepteur des chasseurs bombardiers Mitsubishi H6M, plus connus sous le nom de « chasseur Zéro », de l’enfance à l’âge adulte, permet à Miyazaki de mettre en image ses propres souvenirs et sa passion des machines volantes, au cœur de son œuvre animée. Horikoshi est un rêveur et un visionnaire, obsédé à l’idée de créer l’avion au fuselage parfait, capable de fendre les airs avec vitesse et élégance, d’allier la performance et la grâce, sur le modèle des oiseaux. Il y parviendra avec le Zéro. Horikoshi devint ingénieur aéronautique car sa mauvaise vue ne lui permit pas de réaliser son premier rêve, celui de devenir aviateur. Miyazaki fait remonter l’origine de cette vocation à l’un de ses nombreux rêves au cours duquel Horikoshi converse avec Giovanni Battista Caproni, ingénieur italien et concepteur d’aéronefs au début du XXème siècle, idole du jeune homme. Miyazaki se livre à un portrait en miroir et s’identifie à Horikoshi, créateur idéaliste à la recherche de la perfection formelle, de la beauté et de l’harmonie. Le paradoxe est que cette quête personnelle, jalonnée de nombreux échecs, s’effectue dans un climat belliciste, au sein d’une industrie au service de l’impérialisme nippon. Le « Zéro » sera une machine de mort lancée contre les populations civiles, outil précieux de la conquête du Pacifique, et détruira des millions de vies. Le vent se lève est traversé par l’idée de catastrophe, hanté par la mort. Il y a d’abord le tremblement de terre de 1923 du Kantô, provoquant un gigantesque incendie en même temps qu’il scelle la rencontre décisive entre Horikoshi adolescent et Nahoko, encore une enfant, qui deviendra plus tard son épouse et l’amour de sa vie. La maladie de Nahoko, atteinte de tuberculose, et sa mort prématurée font écho aux tourments que traverse le monde, avec le spectre des forces de l’Axe et leur lot de destructions massives. Les périodes d’accalmie et de bonheur sont de brèves parenthèses au cœur d’une vie chargée d’angoisse, de chagrin et de désillusions. Héros romantique Horikoshi réalisera son rêve de créateur mais perdra sa seule compagne, abandonnant le film seul et perdu dans son monde imaginaire, jonché de carcasses d’avions.

Avec Le vent se lève Miyazaki livre des adieux bouleversants en forme de testament poétique, et clôt une œuvre immense.

Le vent se lève © 2013 Studio Ghibli/NDHDMTK

Le vent se lève de Hayao Miyazaki
© 2013 Studio Ghibli/NDHDMTK

 

 

Autres longs métrages d’animation diffusés :

Akira de Katsuhiro Otomo (1988) dimanche 12 juin à 22h50 – également disponible en télévision de rattrapage sur ARTE+7.

Nous en parlions ici…

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2014/04/08/akira-de-katsuhiro-otomo-et-ghost-in-the-shell-2-innocence-de-mamoru-oshii/

Le Jour des Corneilles de Jean-Christophe Dessaint (2012) lundi 13 juin à 20h55 – également disponible en télévision de rattrapage sur ARTE+7.

 

 

 

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4 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Magnifique clôture d’une oeuvre immense qui me surprend toujours. Le château ambulant revu avec mon gamin ces jours-ci m’éblouit encore et par son imaginaire débridé, par sa construction scénaristique et surtout par l’évidence poétique des nombreuses visions que propose le maître. Miyazaki est bien plus l’héritier de maîtres comme L Carroll que le triste Alice de Tim Burton.

  2. ballantrae dit :

    Je viens de découvrir Alice et Hannah mènent l’enquête de Shunji Iwai, fort joli récit sur l’adolescence tourné en rotoscopie, ce qui donne une facture très fluide à l’animation.
    Ce n’est pas un sublime chef d’oeuvre comme Le vent se lève mais une nouvelle preuve d’une possible relève des génies comme Miyazaki ou Takahata après Ame et Yuki, Miss hokusai ou encore le sublime Garden of words.

    • olivierpere dit :

      Pas vu ce film. Ni Miss Hokusai ou Garden of Words (il est sorti en France?) Mais j’ai aimé Le Garçon et la Bête de Hosoda en début d’année.

      • ballantrae dit :

        Garden of words est un DTV sorti il y a un an et demi comme je crois tous les films de Makoto Shinkai.
        J’ai hélas raté Le garçon et la bête!

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