Olivier Père

Peggy Sue s’est mariée de Francis Ford Coppola

À partir du milieu des années 80 Francis Ford Coppola est déchu de son statut de démiurge cinématographique. Criblé de dettes il accepte de tourner des commandes de moindre ambition mais souvent magnifiques car transfigurée par ton talent hors normes. A l’instar de Jardins de pierre ou L’Idéaliste, Peggy Sue s’est mariée compte parmi les œuvres soit-disant mineures de Coppola. C’est au contraire un film génial qui contient de grands moments de mise en scène. Le premier et le dernier plans-séquences de Peggy Sue s’est mariée, élaborés autour d’un miroir dans une chambre, ouvrent et concluent cette histoire d’amour avec une virtuosité sereine et bouleversante, à l’image du film tout entier.

Nicolas Cage et Kathleen Turner dans Peggy Sue s'est mariée

Nicolas Cage et Kathleen Turner dans Peggy Sue s’est mariée

Peggy sue s’est mariée s’inscrit dans une tradition hollywoodienne – la comédie romantique teintée de fantastique, destinée à un public féminin – à première vue étrangère aux préoccupations de Coppola. Pourtant, le cinéaste s’empare du projet, réécrit le scénario pour en évacuer toute forme de mièvrerie et de facilité. Peggy sue s’est mariée fut peut-être initié pour profiter du succès de Retour vers le futur, autre comédie sur les paradoxes temporels et la mode rétro. Coppola s’éloigne du film de Zemeckis et transforme Peggy sue s’est mariée en conte mélancolique qui brasse ses obsessions majeures de cinéaste : plusieurs âges et époques qui se télescopent dans le même récit, et parfois le même corps, la nostalgie de l’adolescence et des années de jeunesse qui furent aussi un âge d’or pour les citoyens américains, enfin le groupe et la famille, indissociable de l’œuvre de Coppola. Tous les films de Coppola racontent une histoire de temps, un voyage intime ou spectaculaire à la découverte de soi-même, une remontée vers les origines. Peggy Sue, quarantenaire en instance de divorce, prise d’un malaise lors d’une réunion d’anciens élèves, se réveille en 1960, avec la possibilité de modifier le cours de sa vie. Coppola joue avec les codes de la fiction de la seconde chance, et de la comédie du remariage. Mais Peggy Sue ne peut s’empêcher de tomber une nouvelle fois amoureuse de l’homme de sa vie, en connaissance de cause cette fois-ci. Le film ne prêche pas le renoncement, mais plutôt la réconciliation, l’acceptation de soi et de ses sentiments. C’est le triomphe de l’harmonie.

Peggy Sue s’est mariée est un superbe portrait de femme, et offre à Kathleen Turner son plus beau rôle. Comme de coutume avec Coppola la direction d’acteurs, mais aussi les décors et la photographie sont magnifiques. Peggy Sue s’est mariée appartient à la catégorie des chefs-d’œuvre secrets et discrets de Coppola, dont la contribution au cinéma se saurait se limiter à une saga maffieuse et une fresque guerrière, aussi grandioses soient-elles.

 

Pour rendre hommage à Michel Galabru décédé le 4 janvier ARTE bouleverse ses programmes et diffuse mercredi 6 janvier à 20h55 Le Juge et l’Assassin (1976) de Bertrand Tavernier. Initialement prévu à cet horaire Peggy Sue s’est mariée sera diffusé le même soir à 23h30.

 

 

 

 

 

 

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9 commentaires

  1. youcef dit :

    je suis d’accord avec vous sur la qualité du film,méconnu comme « outsiders » du même réalisateur.Noémie Lvovsky s’en inspira dans « Camille Redouble ».

  2. Joël dit :

    Bonjour Olivier, très bonne idée de programmer ce film sous-estimé. On peut penser que Sofia Coppola, qui y fait une apparition, s’en est aussi un peu inspiré pour The Virgin Suicides, dans lequel Kathleen Turner joue la mère des filles Lisbon. Meilleurs voeux pour la nouvelle année, cordialement

  3. vincent Barrot. dit :

    Bonjour Olivier, c’est Vincent de la Cinémamecque, pour le numéro trois des Cahiers de la Cinémamecque, nous souhaiterions avoir votre liste des 5 films les plus fous de l’histoire du cinéma. J’en profite pour vous adresser mes meilleurs voeux pour cette année 2016. Sur cinemamecque.blogspot.com/, je regroupe les films, les modelages, les dessins, les articles de « L’internationale Cinémamecque ». Le dernier numéro rend hommage à tous ceux qui ont donné un coup de pouce à la Cinémamecque ! Amicalement.

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