Olivier Père

Sweetie de Jane Campion

« Kay a peur de tout : du présent, de l’avenir, de la vie, de la mort. Tout semble s’arranger lorsqu’elle se met en ménage avec Louis, l’ancien fiancé d’une collègue. Mais ce bonheur apparent ne dure qu’un temps et ses angoisses la reprennent. C’est alors qu’apparaît Sweetie, sa jeune sœur, obèse, débraillée et sympathique, qui laisse dans son sillage un énorme nuage d’entropie… »

Sweetie (1989) de Jane Campion ressort mercredi 2 septembre dans les salles en version restaurée, distribué par Splendor Films. Le premier long métrage de la cinéaste néo-zélandaise, tourné en Australie, apparaît comme l’aboutissement de la première partie de son travail dans le domaine du court. Sweetie baigne dans une ambiance visuelle à la fois triviale et hyper stylisée, qui sublime le mauvais goût et transforme la banalité quotidienne en univers aux portes du rêve et du fantastique, quelque part entre Mike Leigh (formidable direction d’acteurs) et David Lynch (inspiration surréaliste). Campion opte pour une approche magique des névroses de ses personnages – et elles sont carabinées – avec un recours assumé aux images symboliques. La cinéaste puise dans la littérature et la peinture pour élaborer une écriture cinématographique féminine, et profondément originale, d’une folle énergie, qui ose affronter la douleur, la détestation de soi et de ses parents. Sweetie propose l’étude psychologique d’une famille dysfonctionnelle et dresse le portrait de deux sœurs que tout oppose : Kay est trop maigre, trop froide, incapable d’accepter la moindre forme de vitalité – scène très forte où elle arrache une pousse d’arbre dans le jardin de sa maison ; Sweetie qui fait intrusion dans son couple flanquée d’un amant rocker et décati est trop grosse, trop excitée, véritable boule désirante au comportement animal, tourbillon toujours en quête d’amour et de liberté. Les thèmes de la folie et de l’aliénation sociale, de l’émancipation et de la sexualité féminines qui traversent l’œuvre de Jane Campion trouvent ici leur expression la plus sauvage, avec une cruauté et un humour associés à une compréhension très fine des passions et des tourments humains.

Sweetie de Jane Campion

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