Olivier Père

Scum de Alan Clarke

« Angleterre, années 1970. Trois jeunes, Carlin, Davis et Angel arrivent dans un « borstal », un centre de détention pour mineurs. Ils ont peur. Ils ont raison, car ils vont connaître l’enfer. Dans le centre, c’est la loi du plus fort, la loi du plus méchant, le règne de la terreur et de l’humiliation. Pris dans l’engrenage infernal d’un système sans issue, Carlin, Davis et Angel n’ont plus qu’un but : survivre. »

Scum (1979) de Alan Clarke est ressorti le 26 août, en version restaurée, distribué par Solaris. Scum deviendra accidentellement le premier long métrage de cinéma de Clarke puisque ce dernier, voyant le téléfilm original de 1977 interdit de diffusion par la BBC en raison de sa violence, décidera de le retourner deux ans plus tard pour le grand écran, avec la même équipe devant et derrière la caméra. Les deux versions de Scum sont désormais visibles en DVD. Le long métrage cinématographique dure dix minutes de plus. Clarke a reproduit presque à l’identique le premier film, en profitant du précédent tournage pour améliorer la direction d’acteurs et les prises de vues. Cette histoire inhabituelle est symptomatique de l’intégrité artistique de Clarke, de son perfectionnisme et de son acharnement aussi contre toute forme de censure et d’interdiction. Cinéaste à forte personnalité, Clarke trouvera toutefois dans la télévision britannique des années 70 un lieu accueillant où produire et diffuser ses films, ne réalisant pour le cinéma seulement trois longs métrages, tous évoqués dans ce blog.

Ray Winstone (debout) dans Scum

Ray Winstone (debout) dans Scum

Avec son statut de film choc, à la violence insupportable, Scum est sans conteste l’œuvre la plus célèbre de Clarke, dont le travail demeure scandaleusement méconnu et sous-estimé en dehors de son pays d’origine. Scum s’inscrit dans une certaine tradition du film de prison et de délinquance juvénile, mais son pessimisme radical l’éloigne de tous les clichés accolés au cinéma de genre. Point de récit d’évasion, de solidarité entre détenus ou de description pittoresque d’une communauté humaine. Scum est avant tout une histoire de survie, et un cri de colère contre un système pénitentiaire inhumain où tout est mis en place pour briser des adolescents. Clarke montre comment la direction de l’établissement et les surveillants, loin de faire régner l’ordre, encouragent la violence et l’injustice, en « couvrant » les méfaits de bandes organisées qui attaquent et menacent les plus jeunes ou les plus faibles, ou en harcelant les nouveaux détenus les plus coriaces. Certains des adultes eux sont même décrits comme des monstres brutaux et pervers se nourrissant de la souffrance de créatures à peine sorties de l’enfance, plongées dans un cercle infernal de viol et de suicide.

Scum

Scum

Il est aisé de voir dans le tableau terrifiant que dresse Scum une allégorie de l’Angleterre thatchérienne, brutale et répressive envers les mouvements sociaux, les classes défavorisées et la jeunesse. La mise en scène de Clarke est d’une grande virtuosité avec de longs plans séquences et des mouvements de caméra qui accompagnent les protagonistes dans leurs déplacements dans les couloirs et escaliers de la maison de redressement, renforçant l’impression d’enfermement qui assaille le spectateur pendant tout le film. Le cinéma britannique s’est souvent intéressé aux structures disciplinaires et aux univers clos, de la caserne à l’école en passant par la prison. Scum n’est pas sans évoquer l’épisode carcéral de Orange mécanique ou le premier acte de Full Metal Jacket. Clarke partage avec Kubrick une maîtrise impressionnante de la technique cinématographique et certaines figures de style, mais aussi un goût de l’ironie et du grotesque. La violence dans Scum est glaçante et hyperréaliste, mais elle se pare aussi d’une forme de théâtralité et de distanciation, à l’instar des décors, des tenues et du jeu des acteurs qui échappent au pur naturalisme social. Scum révéla Ray Winstone, remarquable comme tous les jeunes comédiens du film.

 

 

 

 

 

 

 

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