Olivier Père

Gallipoli de Peter Weir

ARTE diffuse mercredi 8 avril à 20h50 Gallipoli (1981) de Peter Weir.

Ce très beau film figure au panthéon des meilleurs titres du cinéma australien. Gallipoli raconte l’une des pages les plus tragiques de la Première Guerre mondiale, à savoir la bataille des Dardanelles qui opposa l’Empire Ottoman aux soldats britanniques et français dans la péninsule de Gallipoli dans l’actuelle Turquie du 25 avril 1915 au 9 janvier 1916. Un débarquement allié échoua et s’enlisa dans une guerre de tranchées, tandis que des erreurs stratégiques des alliées conduisirent à des pertes humaines considérables et à une victoire écrasante de l’armée turque. Des troupes australiennes et néo-zélandaises stationnées en Egypte où elles s’entraînaient en prévision d’un déploiement en France rejoignirent les Anglais pour combattre à Gallipoli. La participation d’unités de volontaires australiens et néo-zélandais – désignées sous le nom de ANZAC – à la campagne des Dardanelles va devenir un élément fondateur de l’unité nationale de ces deux pays.

Mel Gibson dans Gallipoli

Mel Gibson dans Gallipoli

Peter Weir s’attaque donc à une date historique majeure de l’Australie, et bénéficie de moyens considérables pour reconstituer la bataille de Gallipoli, après trois longs métrages remarquables qui flirtaient avec le fantastique – Les voitures qui ont mangé Paris, Pique-nique à Hanging Rock, La Dernière Vague – titres emblématiques du nouveau cinéma australien des années 70. Il y a beaucoup de lyrisme dans la mise en scène de Weir, avec une glorification de la beauté sauvage des paysages désertiques de l’outback australien – dans la première moitié de Gallipoli – commune à ses trois films précédents. Malgré l’ampleur de cette fresque militaire et la beauté des prises de vue Weir ne sacrifie pas au grand spectacle et aborde son sujet à travers l’amitié entre deux jeunes Australiens, Archy (Mark Lee) et Frank (Mel Gibson, juste après sa découverte dans Mad Max de George Miller) engagés par goût de l’aventure et des voyages, unis par une passion commune pour le « sprint » – ils se sont rencontrés à l’occasion d’une compétition locale. Courir le plus vite possible, c’est d’abord vouloir fuir l’isolement et la pesanteur d’un pays qui ne laisse guère de place au rêve et à l’évasion. Mais cela ne permettra pas aux jeunes héros d’échapper à leur destin sur le champ de bataille. La boucherie de Gallipoli marquera la fin de l’innocence de toute une génération, mais aussi de l’Australie entrée de plein fouet dans la tourmente du XXème siècle.

Par ses thèmes et son style visuel Gallipoli confirme l’influence qu’a pu exercer l’œuvre de Stanley Kubrick sur le jeune Peter Weir, qui s’inspire des Sentiers de la gloire pour montrer l’horreur de la guerre de tranchées, les massacres inutiles de soldats sacrifiés à des ordres absurdes, jusqu’à la reprise des fameux travellings arrière du cinéaste américain.

Weir dépasse la portée historique de son film pour l’élargir à un message pacifiste qui fait écho au gâchis de la guerre du Vietnam. L’arrêt sur image final de Gallipoli évoque ainsi le poster « Why? » popularisé par les opposants au conflit vietnamien.

Weir comme Kubrick accorde une attention particulière à la bande originale de son film, dans laquelle se télescopent des airs de Johann Strauss et de Bizet, l’Adagio en G Mineur de Tomaso Albinoni et – plus surprenant – un extrait électronique de Oxigène de Jean-Michel Jarre pour accompagner les scènes de course qui scandent Gallipoli.

 

 

 

 

 

 

 

 

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