Olivier Père

It Follows de David Robert Mitchell

It Follows sort mercredi 4 février dans les salles françaises, distribué par Metropolitan Filmexport. Découvert à la Semaine de la Critique à Cannes en 2014 It Follows de David Robert Mitchell fut l’une des bonnes surprise de ce festival, et confirma le bien que l’on pouvait penser de ce jeune cinéaste américain qui avait fait ses premiers pas, toujours à la Semaine de la Critique en 2010, avec The Myth of the American Slepover déjà remarqué par certains critiques vigilants.

Sur un argument banal et régulièrement visité par le cinéma américain David Robert Mitchell signait avec The Myth of the American Slepover un premier long métrage surprenant par son atmosphère mélancolique et sa stylisation élégante, avec un travail remarquable sur les espaces anonymes des banlieues et campus du Michigan, que le cinéaste réinvestit dans It Follows avec une belle constance, y ajoutant des signes dévastés de la crise et de la mort qui rôde. The Myth of the American Sleepover parlait de la naissance du désir, du fardeau de la virginité et des rapprochements maladroits, timides et fascinés entre garçons et filles engagés dans une ronde nocturne. L’atmosphère à la lisière du fantastique préfigurait la plongée dans l’horreur de It Follows, avec cet étrange comportement déambulatoire et atone des jeunes ados, leurs pulsions scopiques et leurs fixations (la recherche des deux sœurs jumelles) The Myth of the American Sleepover avec son ambiance suspendue et ses corps errants était déjà un film de zombies.

It Follows

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Le deuxième film de David Robert Mitchell permet d’affirmer que l’on se trouve en face d’un véritable auteur, du moins d’une révélation importante dans le paysage du cinéma indépendant américain. Oui It Follows appartient au genre horrifique, mais il en propose une lecture intelligente, inventive et formellement séduisante, poussant les clichés et les figures imposées dans des retranchements abstraits et théoriques qui n’excluent pas une efficacité assez diabolique, avec des scènes de terreur et de suspense particulièrement excitantes. It Follows se déroule dans un décor pavillonnaire de banlieue plutôt défraichie, banale et anonyme, à proximité d’un lac (le film a été tourné dans le Michigan), lieu de prédilection de films comme La Nuit des masques, Scream et compagnie avec en plus les stigmates de la crise économique. Ses protagonistes sont des adolescents comme on en croise dans une multitude de « teen movies », bons ou mauvais : nerds à lunettes vautrés sur des canapés à mater des séries Z à moitié raides, amoureux transis et jeunes filles blondes et fraîches qui s’envoient en l’air sur les banquettes arrières de voitures avec des idiots sportifs.

It Follows

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C’est ce qui arrive à Jay, 19 ans, correspondant à la description physique ci-dessus. Après un rapport sexuel d’apparence anodin (donc sur la banquette arrière d’une voiture), elle se retrouve confrontée à d’étranges visions et l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Elle découvre alors qu’elle est victime d’une malédiction qui se transmet comme une MST, écho au discours réactionnaire des « slasher » des années 80 où les jeunes victimes étaient impitoyablement châtiées pour avoir forniqué ou pris de la drogue. Mais cette idée saugrenue n’est ni celle d’un moraliste ni celle d’un pervers, mais plutôt d’un styliste qui connaît ses classiques, de Tourneur à Carpenter en passant par des déclinaisons postmodernes et prend un malin plaisir à filmer la peur et l’invisible, qu’importe le prétexte pour les convoquer. It Follows se situe entre Donnie Darko et Destination finale, mais apporte un grain de sel original, à la fois modeste (le film est ce qu’il est, une série B d’horreur très bien foutue) et arty (l’influence de Gus Van Sant et David Lynch s’y fait sentir.)

It Follows

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David Robert Mitchell filme les couloirs de campus, les rues désertes, les espaces clos avec beaucoup de brio et une belle gestion de l’écran large. Les apparitions différées de zombies léthargiques mais déterminés sont flippantes et l’emballage sexy de la mise en scène et de la bande son – nappes de synthés sur des paysages urbains déserts, cela ne vous rappelle rien ? – suffisent à combler le cinéphile amateur de fantastique. On peut aussi appréhender le film comme le tableau dépressif d’une jeunesse sacrifiée sans aucun avenir, dans des Etats-Unis fantomatiques et en ruines. Cette lecture politique est facultative, mais elle souligne que It Follows ne participe pas pour autant au « revival eighties » nostalgique ou rigolard qui caractérise plusieurs « blockbusters » et néo polars récents. Davantage que de fétichisme cinéphile ou de recette opportuniste il est question ici pour le cinéaste de recréer des émotions ressenties lors de l’enfance ou l’adolescence en les enrobant d’une esthétique visuelle liées à ses souvenirs de jeune spectateur. L’idée du film It Follows a été inspirée à David Robert Mitchell par un cauchemar récurrent qu’il faisait quand il était enfant : celui d’être suivi par une présence. Par la suite, Mitchell réalisa que cela pourrait être un bon sujet de film et écrivit le scénario de It Follows. La fidélité à des peurs enfantines est l’une des grandes qualités du film qui rejoint ainsi par certains aspects le génial Phantasm de Don Coscarelli : mettre en scène des angoisses typiquement juvéniles, associées à la sexualité et à un mal être social et existentiel, avec une empathie totale pour ses personnages et un pessimisme sans appel. It Follows ne se réduit donc pas à un pur exercice de style d’un cinéaste cinéphile, mais pourrait devenir le film manifeste d’une jeunesse perdue, au bord du néant.

 

 

 

 

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