Olivier Père

Soleil vert de Richard Fleischer

Soleil vert (Soylent Green, 1973) de Richard Fleischer ressort mercredi 28 janvier au cinéma en version restaurée, distribué par Swashbuckler Films. Grand film d’anticipation Soleil vert n’est pas sur la fin du monde mais sur la catastrophe au quotidien, la lente mais inexorable destruction de la planète et des ressources naturelles, et avec elles de la démocratie et des fondements moraux qui régissent la civilisation humaine.

L'affiche française de Soleil vert, qui longtemps a orné un mur de ma chambre d'adolescent

Découvert adolescent sur écran géant lors d’une nuit du cinéma dans une vieille salle de province, dans toute sa dimension spectaculaire et émotionnelle, Soleil vert est toujours l’un de mes films de science-fiction préférés. 2022. La planète est ravagée par la pollution et la surpopulation. Les habitants de New York ne survivent que grâce à la nourriture synthétique fabriquée par la compagnie Soylent. Un policier (Charlton Heston) enquête sur le meurtre de l’ancien directeur de Soylent (Joseph Cotten). Ce grand film des années 70 s’inscrit dans le courant catastrophiste : ici, c’est la surpopulation et la pollution qui inspirent aux scénaristes une vision apocalyptique du futur qui débouche sur une révélation horrible. Sans effets spéciaux mais avec beaucoup d’intelligence et des scènes inoubliables (le générique constitué de photographies et d’images documentaires racontant l’histoire du XXe siècle à travers l’industrialisation et la destruction de la nature, les manifestants dispersés à l’aide de bulldozers, la mort d’Edward G. Robinson, le seul ami de Charlton Heston dans le film, qui choisit l’euthanasie lorsqu’il découvre l’effroyable vérité), Soleil vert a très bien vieilli à la différence d’autres films d’anticipation réalisés avant ou après lui parce que sa mise en scène, son histoire et son interprétation sont exceptionnelles et qu’il ne repose pas sur des trucages réussis.

Charlton Heston et Edward G. Robinson (dans son dernier rôle)

Charlton Heston et Edward G. Robinson (dans son dernier rôle)

C’est une magnifique contribution de Richard Fleischer à la science-fiction, mais aussi à la mode des thrillers paranoïaques dans le cinéma américain des années 70. Soleil vert reflète le pessimisme du cinéaste dans cette décennie avec des films aussi remarquables que Les Complices de la dernière chance ou Les flics ne dorment pas la nuit. Il existe d’ailleurs au moins un point commun important entre ce dernier titre et Soleil vert, celle d’une amitié virile et d’une relation père fils entre deux hommes d’âges différents, avec le suicide de l’aîné en cours de film, et l’autodestruction du personnage principal, broyé par la violence de la réalité, brûlé tel Icare pour avoir approché la vérité de trop près et victime de son idéalisme en butte à la corruption généralisée. Une preuve nouvelle que derrière une versatilité de façade l’œuvre de Fleischer dissimule une cohérence et une constance d’inspiration, un humanisme inquiet, sincère mais sans illusion qu’il faudra bien un jour saluer avec encore plus de véhémence.

 

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