Olivier Père

La nuit nous appartient de James Gray

ARTE diffuse lundi 2 février à 20h50 La nuit nous appartient (We Own the Night, 2007) de James Gray.

Brooklyn, 1988. Bobby (Joachin Phoenix, photo en tête de texte) est le jeune gérant d’une boite de nuit branchée appartenant à un commerçant russe. Avec l’explosion du trafic de drogue, la mafia russe étend son influence sur le monde de la nuit.
Pour continuer son ascension, Bobby doit cacher ses liens avec sa famille : son père et son frère (Robert Duvall et Mark Wahlberg) sont des membres éminents de la police new-yorkaise.

Ce troisième long métrage impose James Gray comme l’un des auteurs majeurs du nouveau cinéma américain, et un maître du polar, du moins en Europe où sa réputation est bien plus grande que dans son pays d’origine. Le film baigne dans le climat d’insécurité du New York de la fin des années 80, décrivant un état d’impunité où les truands ne craignent plus la loi et peuvent condamner à mort les flics qui se dressent sur leur chemin.

La nuit nous appartient comme Little Odessa et The Yards, précédents films de Gray, est avant tout une histoire de famille et de fratrie. Les trois films peuvent d’ailleurs s’appréhender comme une trilogie explorant les mêmes thématiques. L’enquête policière intéresse moins Gray que les émotions. Le film explore le cruel dilemme vécu par son personnage principal et les relations conflictuelles qu’il entretient avec son frère et son père, puis sa décision de les rejoindre dans leur croisade contre le crime organisé.

Eva Mendes et Joachin Phoenix dans La nuit nous appartient

Eva Mendes et Joachin Phoenix dans La nuit nous appartient

Gray part d’un matériau documentaire – un article de journal, une longue préparation immersive, les photos en noir et blanc du générique sur les policiers de la brigade criminelle de New York, dont la devise « we own the night » donne son titre au film – pour déboucher, comme à son habitude, sur une véritable tragédie shakespearienne, peuplée d’âmes perdues et de créatures de la nuit. Vadim, le terrifiant trafiquant russe, est filmé comme un vampire, à l’instar de Tim Roth dans le premier long métrage de Gray, Little Odessa. La dramaturgie est la grande préoccupation de Gray, des scènes d’affrontements verbaux jusqu’à l’impressionnante fusillade lors d’une poursuite de voitures sous une pluie torrentielle. La mise en scène de Gray est superbe, privilégiant le cadre plutôt que le mouvement, instaurant une lenteur funèbre contrariée par des accès de violence névrotique. On pourrait aussi citer l’électrisante séquence d’ouverture au son du « Heart of Glass » de Blondie dans les coulisses d’un gigantesque night-club, dernier moment d’hédonisme et d’insouciance de Bobby avant que son destin ne le rattrape.

Interprétation magistrale de Joachin Phoenix, figure très moderne et tourmentée de la masculinité que l’on retrouvera dans les films suivants de Gray, Two Lovers et The Immigrant.

 

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