Olivier Père

Images de Robert Altman

Dans une collection dédiée au cinéma américain indépendant M6 Vidéo propose en DVD Images (1972), film peu vu et mal aimé de Robert Altman.

Le film est tourné dans la foulée du grand succès surprise de M*A*S*H* qui permet enfin à la carrière d’Altman de décoller après des débuts hésitants et laborieux vingt ans plus tôt au cinéma et surtout à la télévision. Au début des années 70 Altman enchaîne les films qui sont autant de variations iconoclastes des genres hollywoodiens. Tourné entre un western (John McCabe) et un film noir (Le Privé) qui comptent parmi les plus grandes réussites de Altman, Images peut être vu comme un film d’horreur intimiste et subjectif dans la lignée de Répulsion de Roman Polanski.

La variété de l’inspiration d’Altman impressionne. Adepte d’un cinéma naturaliste, sarcastique et viril, il est également l’auteur de films oniriques et purement mentaux comme Images ou quelques années plus tard Trois Femmes (1977), qui plongent dans la psyché de personnages féminins fragiles et tourmentés.

Si Images s’apparente au cinéma fantastique par son atmosphère oppressante, ses agressions sexuelles et ses meurtres fantasmés ou réels, il s’agit avant tout du portrait d’une schizophrène assaillie par des visions et hallucinations terrifiantes. Altman ne cache pas sa dette envers Bergman et en particulier Persona.

Cette veine ésotérique et psychanalytique sera beaucoup moins féconde et aboutie que celle satirique et chorale qui retiendra davantage l’attention de la critique et du public ; Images fut un film particulièrement boudé et ignoré au moment de sa sortie, même si Susannah York (photo en tête de texte) décrocha le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes.

Pourtant, malgré sa singularité, Images rejoint les autres films d’Altman des années 70. A chaque fois il s’agit de mettre en scène le chaos du monde : un chaos social et moral la plupart du temps, qui devient ici un chaos mental, le paysage intérieur ravagé d’une jeune femme en pleine confusion.

Les effets de distanciation habituels chez le cinéaste se traduisent ici par la voix off qui raconte le conte féérique pour enfants, l’histoire d’une licorne, qu’est en train d’écrire l’héroïne du film recluse dans une grande bâtisse isolée dans la campagne irlandaise. Les mythologies celtiques, la psychologie des profondeurs jungiennes, associées à une esthétique du reflet qui multiplie les images dédoublées participent à un film aux confins de l’expérimentation narrative et visuelle.

Sans prétendre à l’efficacité diabolique du cinéma de Polanski ni à la profondeur de celui de Bergman, Images est un film troublant qui bénéficie de la somptueuse photographie de Vilmos Zsigmond et de la musique angoissante de John Williams, deux partenaires artistiques que Altman retrouvera un an plus tard sur Le Privé.

Pour accompagner la (re)découverte de Images on vous conseille de vous plonger dans Robert Altman une biographie orale, l’ouvrage le plus complet édité en France sur l’auteur de Nashville, avec une approche très originale comme son titre l’indique exclusivement constituée d’entretiens ou de retranscriptions de discours, conversations et autres dialogues entre Altman, des critiques et certains de ces collaborateurs. Une forme polyphonique particulièrement appropriée pour saisir l’univers de ce cinéaste et une somme désormais disponible en français grâce à G3J éditeur qui poursuit un travail remarquable en matière de livres de cinéma (ouvrages sur Fassbinder, Kazan, Dali, Ozu et bientôt S. Ray).

 

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