Olivier Père

L’Orchidée blanche de André De Toth

Sidonis dans une nouvelle collection « perles noires » dédiée au cinéma classique américain propose plusieurs films remarquables en DVD (on y reviendra) parmi lesquels L’Orchidée blanche (The Other Love, 1947) de André De Toth.

De Toth est un cinéaste formidable dont on a déjà vanté ici certains westerns, thrillers ou films de guerre et dont la filmographie regorge encore de titres à découvrir, telle cette orchidée blanche complètement disparue des radars cinéphiles depuis sa lointaine sortie, principalement en raison de la faillite de la société qui produisit le film, comme l’explique Bertrand Tavernier dans les suppléments du DVD. Sans aucune notoriété, à peu près oublié de tous, L’Orchidée blanche se révèle un excellent film, très original et porté par l’interprétation magnifique de Barbara Stanwick (photo en tête de texte, avec Gilbert Roland), sans aucun doute la meilleure actrice hollywoodienne – avec Bette Davis – dotée d’une carrière riche en grands rôles et en grands films.

Dans L’Orchidée blanche elle interprète une fameuse pianiste virtuose venue se reposer dans une clinique en Suisse. Le séduisant directeur de la clinique qui la soigne lui cache la gravité de son cas : tuberculeuse, elle est condamnée et n’a que quelques mois à vivre. La jeune femme n’est pas insensible aux charmantes attentions de son médecin, comme les autres patientes de l’établissement. Cela ne l’empêche pas de s’embarquer dans une aventure passionnelle avec un coureur automobile qui ignore tout de son état de santé. Le film est adapté d’une nouvelle de Erich Maria Remarque que l’écrivain allemand installé à Hollywood développera plus tard sous la forme d’un roman, adapté à son tour en 1977 par Sydney Pollack avec Bobby Deerfield. On retrouve en effet dans les deux films l’histoire d’amour entre un pilote de courses et une jeune femme condamnée par la médecine, mais elle est centrale dans le film de Pollack – c’est Al Pacino qui interprétait le rôle-titre du champion – tandis qu’elle est secondaire dans le film de De Toth, qui accorde davantage d’importance à la relation entre la malade et son docteur.

Barbara Stanwick dans L'Orchidée blanche : une atmosphère proche du film noir

Barbara Stanwick dans L’Orchidée blanche : une atmosphère proche du film noir

L’Orchidée blanche est un mélodrame, mais un mélodrame sec, dénué de pathos et de lyrisme, dont l’esthétique s’apparente davantage au film noir qu’aux « women’s pictures » et autres productions lacrymales hollywoodiennes. Le trio amoureux formé par Karen Duncan (Stanwick), le docteur Stanton (David Niven) et le pilote Paul Clermont (Richard Conte) déjoue tous les clichés du film sentimental, par sa complexité et son ambigüité. On retrouve à chaque plan le talent et la rigueur de metteur en scène de De Toth, même si ce dernier fut contraint de tourner en studio avec des décors de montagnes suisses pas très convaincants et dut renoncer à la fin de son scénario, beaucoup plus cruelle et inattendue que celle, assez conventionnelle, imposée par les producteurs.

 

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