Olivier Père

Le Jouet de Francis Veber

ARTE fête les 80 ans d’un acteur emblématique de la comédie française, Pierre Richard (né le 16 août 1934 à Valenciennes), célèbre et apprécié au-delà des frontières de son propre pays en diffusant deux titres importants de sa carrière, Le Jouet (lundi 11 août à 20h50) et Le Distrait (mercredi 13 août à 20h50).

Ce coup de chapeau se concentre donc sur deux premières fois qui vont installer durablement les bases d’un personnage comique original et de son univers personnel, très ancré dans la France des années 70. Premier film réalisé par Pierre Richard (Le Distrait) et premier film réalisé par Francis Veber (Le Jouet).

Au milieu des années 70 Pierre Richard est devenu l’une des vedettes les plus populaires du cinéma tricolore, enchaînant les triomphes au box office signés Claude Zidi, Yves Robert, Georges Lautner ou lui-même. C’est en 1976 qu’il interprète le rôle principal du Jouet, premier long métrage réalisé par Francis Veber, scénariste et dialoguiste qui avait écrit l’un des plus gros succès de Pierre Richard, Le Grand Blond avec une chaussure noire de Yves Robert.

Le Jouet est une comédie très grinçante sur la cruauté des puissants et le pouvoir de l’argent, capable de tout acheter. Pierre Richard abandonne son personnage de clown lunaire pour interpréter François Perrin, un journaliste au chômage qui est embauché dans un grand journal du soir dirigé d’une main de fer par le milliardaire Rambal-Cochet, chef d’entreprise paternaliste qui terrorise tous ceux qui travaillent sous ses ordres. Lors d’un reportage dans un grand magasin Perrin est « choisi » comme cadeau par le jeune fils gâté et tyrannique de Rambal-Cochet et se retrouve contraint de devenir le « jouet » de l’enfant, de peur de perdre son emploi.

Michel Bouquet et Pierre Richard dans Le Jouet

Michel Bouquet et Pierre Richard dans Le Jouet

On imagine ce que Marco Ferreri aurait pu tirer d’un tel postulat.

Pierre Richard a beau y faire triompher – in extremis – sa tendresse, sa poésie et son optimisme naturels, Le Distrait est aussi – et surtout – une fable absurde et cauchemardesque, allégorie sur la servitude, le monde impitoyable du travail, l’angoisse du chômage, dans laquelle un homme est privé de son humanité, transformé en animal domestique, en esclave et même en chose (l’enfant le pointe du doigt en disant « ça » quand il le voit pour la première fois), prisonnier d’un immense château où tous les domestiques redoutent autant le père que le fils.

Adoptant un ton plus dérangeant et anarchisant qu’à son habitude Francis Veber ose des situations sinistres ou cruelles et un humour noir qui souligne la détresse et le pathétique d’hommes quotidiennement humiliés par leur patron, magistralement interprété par un Michel Bouquet encore plus glacial que d’habitude. L’un des gags les plus cyniques de cette comédie étrange à l’atmosphère parfois onirique est pourtant inspiré d’une histoire vraie.

Le licenciement pour mains moites d’un journaliste (Gérard Jugnot) par Rambal-Cochet est une allusion directe au puissant industriel, marchand d’armes, politicien, patron de presse (et producteur de films !) Marcel Dassault, figure redoutable du capitalisme et du pouvoir sous la Vème République qui un jour congédia un employé précisément pour cette raison.

 

 

 

 

 

 

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Un commentaire

  1. Marla Singer dit :

    C’était l’un de mes films préférés, dans l’enfance. Je ne comprenais pas à 9 ans, bien sûr, sa portée politique. Je l’ai revu récemment, et quelques phrases résonnaient, d’une actualité effrayante:

    “Tu sais que ça va pas bien dans la presse en ce moment ?”

    “C’est un jeu, ce n’est pas dramatique… Hum ?”

    “Vous préférez vous retrouver au chômage ?”

    “Qui de nous deux est le monstre? Moi qui vous demande d’ôter votre pantalon ou vous qui accepter de montrer votre derrière ?
    – Je ne sais pas, Mr le Président.
    – Tout le problème est là je crois.”

    “Licenciement abusif,” “mal-être au travail,” “conditions de travail indécentes,” ces expressions font l’actualité depuis plusieurs années.

    C’est l’image finale, sans dialogue, justement, qui dit tout: le jeune Eric saute dans les bras du type fauché, laissant derrière lui le milliardaire cynique qui lui promettait, pourtant, monts et merveilles.

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