Olivier Père

La Colline des potences de Delmer Daves

ARTE diffuse ce soir à 20h45 La Colline des potences (The Hanging Tree, 1959) de Delmer Daves, avec Gary Cooper, Maria Schell et Karl Malden.

Un homme au passé mystérieux s’installe comme docteur dans une petite communauté de chercheurs d’or dans le Montana. Solitaire et joueur de poker émérite, le docteur Joseph Trail (Gary Cooper) a caché et soigné en arrivant un jeune voleur qui travaille désormais à son service. Un jour, ils apprennent qu’une femme disparue est la seule survivante de l’attaque d’une diligence. Ils partent alors à sa recherche. Aveuglée et brûlée par le soleil, la jeune femme est recueillie par Trail qui va l’héberger pendant sa convalescence, au grand dam des bigotes de la colonie.

C’est l’avant dernier western de Delmer Daves qui avait auparavant signé plusieurs classiques du genre, parmi lesquels La Flèche brisée, magnifique western antiraciste avec James Stewart. Daves était aussi scénariste, y compris pour d’autres grands cinéastes, et on lui doit notamment le scénario des deux versions du sublime Elle et Lui réalisées en 1939 et 1957 par Leo McCarey. Cette sensibilité mélodramatique se retrouve dans La Colline des potences, avec l’évocation plein de tendresse mais sans aucune mièvrerie de l’amour naissant d’une jeune femme pour son bienfaiteur, un misanthrope qui vit à l’écart du monde des hommes mais prodigue pourtant des soins gratuits aux plus démunis. Cinéaste subtil aux accents rousseauistes, peintre lyrique d’une nature grandiose, Delmer Daves décrit dans La Colline des potences la poésie d’une rencontre et la guérison de blessures physiques et morales mais aussi la violence hystérique d’une petite communauté en proie au fanatisme religieux et à la fièvre de l’or. Interprétation admirable de Gary Cooper, ses adieux au western et son dernier très grand film, deux ans avant sa disparition.

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Un commentaire

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    Beau western, en effet, religieux et politique, puisqu’il interroge les mythes fondateurs dans un cadre édénique où grouillent les vipères et trône un arbre maléfique (celui de “La Nurse” de Friedkin, autre conte de fées pour adultes ?). Dans le Montana, terre d’enfance de Lynch, un homme manque de se faire lyncher – il faudra l’amour d’une étrangère pour le racheter, au double sens du terme. Daves filme avec élégance et grâce une parabole sur le regard, l’aveuglement et la valeur des êtres au monde. Scott s’appelle Grubb, comme le père du Chasseur ; Malden, Quasimodo nommé Frenchy Plante (!) brûle d’une fièvre sexuelle inassouvie qui précipitera sa chute (morale) du haut de la falaise ; Maria Schell, un peu fade chez Visconti, Clément ou Brooks, irradie de ses yeux verts la chambre balayée par une lampe ; quant à Cooper, à peine sorti de “L’Homme de l’Ouest” (éprouvant avènement de la violence généralisée à l’orée des années 60, avec une Julie London mémorable), présent mais en retrait, il doit à nouveau son salut à un ange blond, après Grace Kelly.

    Le film, porté aussi par la musique à fleur de peau de Steiner, nous rappelle simplement, bien avant le révisionnisme du Nouvel Hollywood, ce que doit cette nation aux immigrants (de Cimino ou de Gray), mais encore à la rapacité (von Stroheim, pour lequel Daves écrivit “Queen Kelly”) d’hommes troubles et troublés (le médecin “frêle” résonne avec celui du “Corbeau”). Le final avec son incendie de carnaval, où brûle la ville de fortune immolée/sauvée par les racines dorées du Déluge, conjugue le trauma personnel et fait advenir le chromo de l’étreinte sous l’arbre désormais inoffensif, en écho à l’épilogue de “Ben-Hur”, sous le regard attendri du Fils contemplant le Premier homme et la Première femme de l’Histoire devenue légende – “This was really America” dit “la fille perdue”.

    Si Buñuel détestait les aveugles, le cinéma les affectionne, surtout en héroïnes, de Chaplin à Terence Young, en passant par Fulci (plus récemment, Julianne Moore ou Belén Rueda se retrouvèrent seules dans la nuit). Et pour cause : ici plus qu’ailleurs, tout repose sur le regard, le vu et le caché, le réalisme et l’artifice, la reconstitution et la vérité des sentiments. “La Flèche brisée” contait déjà une rencontre avec l’altérité (incarnée par ce visage pâle de Jeff Chandler) ; “La Colline des potences”, western sans cow-boys ni Indiens, accorde une dernière chance, in extremis, à ses personnages archétypaux et pourtant de chair et de sang. 25 ans plus tard, Eastwood, dans l’un de ses films les plus abstraits, les plus charnels, retournera chez les orpailleurs en Cavalier de l’Apocalypse, avec l’Enfer à ses trousses…

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