Olivier Père

Quatre Etranges Cavaliers de Allan Dwan

Sidonis/Calysta réédite le 12 mars en DVD dans la collection « westerns de légende » quatre titres d’Allan Dwan précédemment disponibles dans un coffret sorti par Carlotta. Ces quatre westerns appartiennent à la mythique série de dix films à petit budget réalisés par Dwan à un rythme frénétique et produits par Benedict Bogeaus pour la RKO : Quatre Etranges Cavalier (Silver Lode, 1954), Tornade (Passion, 1954), La Reine de la prairie (Cattle Queen of Montana, 1954), Le mariage est pour demain/Le Bagarreur du Tennessee (Tennessee’s Partner, 1955.) Ces films sont réalisés avec une équipe technique identique – notamment le grand directeur de la photographie John Alton, avec souvent les mêmes acteurs (John Payne, Ronald Reagan) et se caractérisent par leur délicatesse pastorale, leur refus du lyrisme ou de la violence généralement attachés au genre américain par excellence. Parmi ces titres Dwan avouait sa préférence pour Le mariage est pour demain, rejoint par les cinéphiles macmahoniens qui militèrent pour la reconnaissance critique de la dernière partie de l’œuvre de Dwan dans les années 50.

 

Dan Duryea

Dan Duryea

Pour notre part, nous avons toujours admiré Quatre Etranges Cavaliers, pour son style épuré et sa dimension politique, et aussi son méchant, interprété par Dan Duryea, acteur imbattable dans les rôles de crapules, de salauds pervers et de psychopathes, chez Lang notamment. Dans Quatre Etranges Cavaliers Duryea s’appelle Ned MacCarty, allusion transparente au tristement célèbre sénateur engagé dans sa croisade anticommuniste à l’époque du tournage du film. A l’instar du train sifflera trois fois – et même si l’on est en droit de préférer la démonstration de Dwan à celle de Zinnemann, Quatre Etranges Cavaliers dénonce l’hystérie et la lâcheté des habitants d’une petite ville devant les accusations ou menaces portées contre l’un de leur concitoyen. Une façon pour Hollywood de protester contre cette chasse aux sorcières qui empoisonna l’atmosphère des studios et choqua de nombreux cinéastes pas spécialement suspectés de sympathies gauchistes, comme Allan Dwan ou John Ford.

Sur le western de Dwan voici un beau texte du critique de cinéma Pierre Gras écrit pour le catalogue du Festival « Entrevues » de Belfort en 1996, à l’occasion d’une programmation autour du cinquantième anniversaire de la Cinémathèque française. Le voici reproduit pour la première fois depuis dix-huit ans.

« Quatre Etranges Cavaliers est un western sans chevauchée, sans vache et sans paysage. Une petite ville de l’Ouest, qui prépare sa fête de l’Indépendance et dont l’ordre est bouleversé par l’arrivée de ces étranges cavaliers, sera donc le décor unique de l’art dramatique de Dwan. Personnages ambigus (l’accusé John Payne, comme son accusateur Dan Duryea); mouvements de foules manipulées par le verbe haut d’hommes forts; rebondissements de l’intrigue forment la trame d’un film qui revendique sa théâtralité, tout comme Dwan revendique la continuité d’un style issu de ses débuts à la Triangle des années dix. Ce théâtre, c’est celui du maccarthysme qui vient frapper Hollywood. Le film décrit ainsi en une métaphore transparente les affrontements judiciaires, les retournements de l’opinion publique, et finalement la solitude de l’accusé confronté à ce nouvel ordre politique. La mise en scène de Dwan fondée sur la séparation rigoureuse des espaces, intérieurs et extérieurs, et des groupes humains, dont la situation spatiale décrit les chois politiques, trouve son point d’orgue dans le long mouvement d’appareil qui suit le fugitif cherchant à échapper à l’espace de la ville qui l’enferme tout en l’isolant. L’issue du film, enfin, ne sera qu’à demi heureuse car les plaies des victimes sont encore trop vives. Pourtant le film garde sa confiance dans les médias. L’entraîneuse du saloon et une cloche d’église, plutôt que les armes ou les lois, seront les outils du dénouement. » (Pierre Gras)

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Catégories : Coproductions

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