Olivier Père

L’Avion de l’apocalypse de Umberto Lenzi

La Cinémathèque française frappe un grand coup en projetant ce soir, dans le cadre de ses doubles programmes « cinéma bis » à 22h L’Avion de l’apocalypse (Incubo sulla città contaminata, 1980) d’Umberto Lenzi. De quoi s’agit-il ? Un gros avion atterrit sans autorisation dans l’aéroport d’une métropole. Et soudain c’est le drame : une horde de zombies dégénérés avec d’horribles croûtes sur le visage surgit de l’appareil, tue, dévore et contamine tout sur son passage. L’armée est impuissante, l’opinion est sceptique, les acteurs sont mauvais et le spectateur est hilare. Quelques personnages (un journaliste, un militaire, leurs maîtresses) déambulent au milieu de la confusion générale, essayant en vain de donner un sens à cette accumulation frénétique de scènes de carnage, dans des studios de télévision (où se tourne une émission d’aérobic), dans un hôpital et bientôt dans toute la ville. Il y a les chefs-d’œuvre, les bons films, les navets et les nanars. Et il y a L’Avion de l’apocalypse, un film d’horreur italo-mexicano-espagnol réalisé par ce bon vieux tâcheron d’Umberto Lenzi (plus inspiré dans le domaine du polar violent) qui pulvérise ici les limites de l’humour involontaire et du n’importe quoi cinématographique. Bienvenue dans la cinquième dimension de la série Z européenne des années 80, quand des producteur sans scrupules voulaient profiter des succès des films fantastiques ou d’action du moment (ici, en l’occurrence, Zombie de George A. Romero) et accouchaient de bandes parfois efficaces, souvent ineptes mais fascinantes. C’est le cas de L’Avion de l’apocalypse, qui appartient au cercle fermés des aberrations cinématographiques, à l’instar de Virus cannibale de Bruno Mattei ou Le Manoir de la terreur d’Andrea Bianchi, pour rester dans le même registre.

La Cinémathèque offrira aux nombreux amateurs de L’Avion de l’apocalypse de revoir ce truc incroyable sur grand écran et en 35mm, soit autrement qu’en DVD ou, pour les plus âgés d’entre nous, en VHS. Ce film a acquis une notoriété supplémentaire en raison de l’inévitable Quentin Tarantino qui a baptisé un des personnages de Inglourious Basterds (le soldat allemand psychopathe et antinazi interprété par Til Schweiger) Hugo Stiglitz en hommage à l’acteur mexicain au charisme plus qu’incertain qui joue le héros journaliste dans le film de Lenzi. Un entretien du réalisateur Umberto Lenzi dans les suppléments du DVD hollandais de L’Avion de l’apocalypse est devenu mythique. Lenzi réputé pour sa vanité et son caractère ombrageux y explique doctement et longuement que Quentin Tarantino n’a rien compris à son film. En effet, il tient à préciser une fois pour toutes que les envahisseurs de L’Avion de l’apocalypse ne sont pas des morts-vivants mais des gens malades, rendus monstrueux par un étrange virus. C’est pour ça qu’ils savent se servir de mitraillettes et qu’ils courent très vite ! C’est vrai que ça change tout et il fallait le dire. Le facétieux Jean-François Rauger a bien retenu la leçon du maestro puisqu’il a intitulé cette soirée « cinéma bis » – le film de Lenzi étant précédé de Contact mortel de Hal Barwood – « c’est pas des zombies, c’est des malades ! » A bon entendeur…

jeux de mains, jeux de vilains

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Catégories : Actualités

2 commentaires

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    On peut gentiment railler ce cinéma d’exploitation, comme vous-même, par ailleurs grand admirateur de Jess Franco, y succombant plusieurs fois ; on peut aussi lui reconnaître une vraie liberté, à des années-lumière du recyclage postmoderne caractérisant le cinéma karaoké (d’où, peut-être, l’ire de Lenzi à l’encontre de Tarantino), et un certain parfum de nostalgie, puisque il accueille d’anciennes gloires – ici, Mel Ferrer – tel un cimetière d’éléphants de celluloïd… On se souvient (un peu) du réjouissant « Virus cannibale » de l’inénarrable Bruno Mattei (sans lien avec votre serviteur, aussi insulaire qu’Orso Miret), autre étalon de ce cinéma plus ter que bis, et davantage respectable, dans son surréalisme de pacotille et ses objectifs mercantiles, que nombre de ‘films d’art’ ou pas aux budgets obscènes et au discours d’un vide abyssal…

    • olivierpere dit :

      C’est vrai, le cinéma bis peut faire rire à force d’idiotie ou d’oppurtunisme (et je ne mettrai jamais Lenzi et Franco dans le même panier) mais nous sommes bien sûr sensibles à la dimension nostalgique – je dirai même mortifère – du cinéma bis en général et du cinéma d’exploitation transalpin des années 70-80 en particulier, construit à la fois sur les ruines fumantes de l’âge d’or du cinéma italien, le pillage du cinéma américain et la récupération de vedettes « has been » d’Europe et d’Hollywood. En témoigne notre affection sincère pour certains films de Fulci, Lado, Crispino… J’ai passé beaucoup de temps sur ce pan lontemps méprisé de l’histoire du cinéma, au détriment d’un certain type de productions que vous évoquez, et sans grand regret ! Sur le cinéma bis nous reviendrons bientôt, puisque la Cinémathèque prépare le vingtième anniversaire de ces sympathiques soirées, et que Serious Publishing a édité dans un luxueux coffret de 5 livres l’intégralité des « flyers » distribués à chaque double séance!

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