Olivier Père

Le Convoi de la peur : entretien avec William Friedkin

C’était à Paris le 3 décembre, quelques heures avant la soirée d’ouverture de la deuxième édition du festival de la Cinémathèque française « Toute la mémoire du monde » dédié aux films restaurés et inauguré par la projection de la copie 4K du Convoi de la peur (Sorcerer, 1977) le chef-d’œuvre maudit de William Friedkin. Friedkin nous recevait à son hôtel pour évoquer un film devenu mythique, en raison de son échec critique et commercial à l’époque, qui stoppa net l’état de grâce du cinéaste auprès des studios hollywoodiens, mais aussi en raison de sa folie, de son ambition et de sa stupéfiante atmosphère. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce film que nous adorons au moment de sa ressortie en salles et sa réédition en Blu-ray lors du premier semestre 2014.
Remerciements à William Friedkin, Elodie Dufour et la Cinémathèque française.

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14 commentaires

  1. youcef dit :

    film largement superieur au film de Clouzot avec la fameuse scène du pont(3 mois de tournage!).il faut aussi dire que w.Friedkin,immense réalisateur du nouvel hollywood notamment,continue a faire de très bons films(Bug,Killer joe) contrairement a De Palma ou Coppola.

  2. Jean-Pascal Mattei dit :

    “Il n’y a pas de soleil dans la scène du pont” : en effet, puisque “Le Convoi de la peur”, pour reprendre le titre d’une œuvre de Kafka, s’avère la “Description d’un combat” entre la lumière et les ténèbres. Son réalisme magique emprunte aussi à “Cent ans de solitude” ; Friedkin, dans un mémorable entretien avec Jean-Luc Sablon in feu “Starfix”, se terminant par l’aveu “Je continue à filmer parce que je ne veux pas mourir”, avouait volontiers son admiration pour García Márquez et Proust. Il rejoint aussi Ellroy dans son jugement sur l’administration Obama. On se permettra de renvoyer le lecteur à son délectable one-man-show à la Cinémathèque et aux regards croisés sur sa jungle intérieure via les liens suivants :

    http://www.cinematheque.fr/
    http://www.citizenpoulpe.co

    PS : toujours rien sur (Robert) Ross ni “Berberian” – bizarre, vous avez dit bizarre ?

    • olivierpere dit :

      Bonjour en effet c’est bizarre je ne comprends pas pourquoi ces deux envois ne me sont pas – encore – parvenus…

      • Jean-Pascal Mattei dit :

        Même si, pour vous citer, “on ne parle pas d’argent sur ce blog”, un mot de votre part, que cela concerne directement, sur l’enquête de la Cour des comptes concernant le financement actuel du cinéma français (je profite de l’article sur “Le Convoi de la peur”, budgété à 22 millions de dollars pour une recette locale autour de 6) ?

        • olivierpere dit :

          Comme le dit lui-même Friedkin les films ne gagnent pas toujours à disposer de budgets énormes, surtout aujourd’hui. Les excès passés et les abus récents semblent révolus. Il devient aujourd’hui difficile pour un cinéaste d’aborder le cinéma sous le signe du monumentalisme, de la fresque ou de l’épopée (hélas), mais des budgets plus raisonnables, plus vertueux, ne sont pas forcément synonymes de films modestes, frileux et pauvres cinématographiquement. Moins d’argent et plus de liberté, plus d’audace et d’invention c’est un peu le credo – nécessaire – de l’époque. En Europe mais aussi aux Etats-Unis, on constate que les meilleurs films, et ceux qui resteront, ne sont pas les plus coûteux (et donc les moins rentables), à de très rares exceptions.

          • Jean-Pascal Mattei dit :

            Au moment de “L’Impasse”, De Palma confiait à Isabelle Huppert, devenue rédactrice en chef d’un hors-série des “Cahiers du cinéma”, qu’il préférait affronter au box-office des titres comme “Wayne’s World” plutôt que de dépendre de l’argent public (comme la grande majorité des longs métrages en France). Quid des films “du milieu” réclamés par Pascale Ferran, et de la perfusion télévisuelle avec les risques de formatage afférents ? Si l’Asie peut encore se permettre le “monumentalisme” dont vous parlez (je pense aux “Trois Royaumes” de Woo, budgété à 80 millions de dollars), on pouvait attendre mieux et plus de l’hégémonie numérique ; industrie mais aussi art – pour reprendre en l’inversant la célèbre phrase de Malraux – le cinéma ne pourra faire l’économie, sans jeu de mots, d’une réflexion sur son financement, notamment au niveau des fournisseurs en ligne. En 1977, une certaine guerre interstellaire renversa les camions possédés de Friedkin du pont du Nouvel Hollywood, annonçant le règne d’une autre industrie, basée sur le merchandising et le recyclage éhonté du produit décliné en versions toujours plus intégrales, remastérisées, en 3D ou 4K. Ultime ironie : ce système commercialise à présent les échecs d’hier au rayon patrimonial…

  3. Robert Loiseau dit :

    C’est vrai qu’aborder “The Sorcerer” comme un remake du “Salaire…” ne rend pas justice au film de Friedkin car il est loin d’en être un simple décalquage. Personnellement, cette idée de remake américanisé, même par Friedkin, ne m’enthousiasmait pas outre mesure jusque-là, et je n’envisageais le film que comme une curiosité, un maillon à découvrir dans l’œuvre du réalisateur. C’est aussi le très bon “Killer Joe” qui a ravivé mon intérêt pour Friedkin après des années de décrochage. Quand j’ai découvert le film, ce qui m’a frappé au-delà de sa démesure spectaculaire, c’est la condensation des meilleurs aspects de Friedkin : l’aridité presque documentaire dans la description des personnages et paradoxalement, le fantastique sous-jacent de l’intrigue. En ce sens, le film est assez proche de la bizarre collision qu’organisait French Connection, en faisant du personnage de Fernando Rey, une sorte d’entité maléfique omnisciente, qui excédait de loin, la figure du criminel. D’une certaine manière, “The Sorcerer” fait un usage beaucoup plus équilibré de ces deux composantes tout en re balayant le principe du film noir avec sa destinée infernale. Dommage donc que le titre français persiste dans la référence appuyée à Clouzot et minore la formidable dimension “métaphysique” et maléfique du cinéma de Friedkin, bien plus lisible dans le titre originel. Tout en semblant très proche du “Salaire…”, le Friedkin sape l’intrigue de l’intérieur pour accentuer la métaphore de cette damnation et son ironie, aussi dure que maline. C’est un travail de réinterprétation aussi pénétrant selon moi, que ce qu’a pu faire De Palma à plusieurs reprises.

    • olivierpere dit :

      Entièrement d’accord avec vous… Y compris sur le titre. “Sorcerer” est un titre magnifique, dont l’ambiguïté fut critiquée à l’époque par les gens qui pensaient que Friedkin allait refaire un film d’horreur comme L’Exorciste, mais cette ambiguïté correspond à celle du film qui par bien des aspects est aussi un film fantastique. le titre aurait été emprunté à un album de Miles Davis…

  4. Félix dit :

    Super interview !

    Sa masterclass à la Cinémathèque vaut vraiment le détour elle aussi, c’est un véritable one-man show, Friedkin y est toujours passionnant et souvent très drôle. J’ai vraiment hâte de découvrir enfin son Sorcerer que je veux voir depuis si longtemps. J’espère que sa ressortie sur grand écran ne concernera pas que les salles parisiennes !

    • olivierpere dit :

      Merci ! Je ne sais pas encore si “Sorcerer” bénéficiera d’une vraie ressortie nationale en salles ou sera surtout réédité en Blu-ray. C’est vrai que ce film mérite d’être découvert sur grand écran, si possible.

  5. piotr dit :

    J’ai été plutôt déçu par Sorcerer. Son échec me semble justifié : la production se voit à l’écran. La mise en place est interminable et brouillonne. Elle représente quand même la moitié du film. Alors que d’habitude c’est un cinéaste efficace et droit. On sent qu’il n’a pas pu filmer ce qu’il voulait dans la jungle et qu’il se retrouve perdu, à cour de matière intéressante. A part l’antienne du film malade/maudit, j’ai du mal à voir l’intérêt du film. Coppola et Herzog, se sont mieux sortis de leur galères non ? Ça n’enlève pas le côté fascinant du tournage mais ça n’en fait pas un grand film pour autant. Mais peut-être que la version 4K me fera changer d’avis 🙂

  6. youcef dit :

    magnifique! c’est un évenement surtout que vous allez diffuser la version réstaurée.bravo et merci Arte un sans faute(Fedora,les enfants loups,violence et passion,la poursuite impitoyable,la soupe aux canard).

  7. Félix dit :

    Je me suis régalé en lisant ses mémoires !

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