Olivier Père

L’Ami de mon amie de Éric Rohmer

ARTE diffuse cette nuit à 2h05 L’Ami de mon amie (1987) d’Eric Rohmer que l’on pourra également revoir sur ARTE+7 le 19 et le 25 novembre.

Succédant aux « Six Contes moraux », la série des « Comédies et Proverbes » réalisée entre 1981 et 1987 forme un ensemble plus libre, avec des liens plus lâches entre les films, une thématique commune moins rigoureuse, plus sensiblement orienté vers la comédie. Cette fois-ci le principe est simple : chaque film est l’illustration d’un proverbe ou d’une citation empruntés à la littérature classique ou au bon sens populaire. Il s’agit toujours pour Rohmer de tisser une œuvre autour du discours amoureux et de la recherche du bonheur, mais cette fois-ci contrariée ou provoquée par des contingences socioculturelles davantage que mue par des enjeux spirituels et éthiques, comme dans les « Contes moraux ».

Conciliant le goût de Rohmer pour les fictions romanesques et l’enregistrement documentaire du réel, les « Comédies et Proverbes » dessinent un portrait nuancé de la France des années 80, avec les rêves de réussite sentimentale de jeunes hommes et femmes, mais aussi les métamorphoses de la société française et de son paysage urbain, les modes vestimentaires et décoratives. Le dernier film de la série, L’Ami de mon amie, se déroule dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise et observe les aventures amoureuses croisées d’un groupe de jeune gens. Jeunesse et modernité, nous voici donc au cœur du système, des thèmes et des préoccupations du Rohmer des années 80. Le cadre de Cergy est symptomatique des gouts et des recherches du cinéaste qui capte la beauté d’un lieu de vie souvent critiqué pour sa froideur ou sa banalité fonctionnelle lors de sa création. Rohmer au contraire s’enthousiasme pour la ville nouvelle qui lui offre d’intéressantes perspectives de mises en scène. On a souvent décrit le cinéma de Rohmer comme un art de la parole, simple enregistrement audiovisuel de dialogues, marivaudages ou bavardages. Rien de plus faux. Rohmer est l’un des cinéastes français le plus obsédé par le cadre, la lumière et la couleur de ses films, qui en font un auteur beaucoup plus influencé par la peinture que le théâtre, même si cette influence est particulièrement subtile et discrète. Quant à l’utopie architecturale de Cergy elle prolonge la rêverie moderne d’un documentaire précoce de Rohmer, Les Métamorphose du paysage (1964), dans lequel le cinéaste chantait, pour la télévision scolaire, avec un évident plaisir du paradoxe et de la provocation, la beauté du béton et de l’acier et la poésie des zones industrielles préférées aux paysages champêtres. Là aussi on retrouve Rohmer, qui préférait toujours la stylisation, la clarté du fond et de la forme à la recherche forcenée du naturel (et du naturalisme), que ce soit dans les décors ou dans le jeu de ses interprètes.

Nous profitons de la diffusion de L’Ami de mon amie sur ARTE pour saluer la parution chez Potemkine  – en vente le 19 novembre – d’un superbe coffret réunissant l’intégrale de l’œuvre cinématographique d’Eric Rohmer, remastérisée en DVD et Blu-ray, avec de nombreux bonus et documents d’archives, des entretiens et des courts métrages inédits. Un cadeau de rêve pour tous les admirateurs du cinéaste.

Eric Rohmer sur le tournage de L'Ami de mon amie

Eric Rohmer sur le tournage de L’Ami de mon amie

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6 commentaires

  1. Rémi dit :

    Rah ce coffret… A chaque fois que j’y pense je me mets malgré moi à chanter « Ah si j’étais riche… » d’Yvan Rebroff.

    • Gregoire Dubost dit :

      Cher rémy, nous pourrons chanter en choeur. Car ayant déjà acheté la quasi-intégrale dans l’édition précédente (à l’exception d’Astrée et Céladon) j’hésite à investir à nouveau.

      • Rémi dit :

        Idem, surtout que l’investissement représente la bagatelle de 200 balles.

        • olivierpere dit :

          Pour les Parisiens (et les autres puisque la rétrospective devrait circuler en France) 22 films d’Eric Rohmer (ceux produits par Les Films du Losange) ressortiront au cinéma en version restaurée à partir du 4 décembre. On attend aussi une biographie du cinéaste par Antoine de Baecque publiée début janvier.

  2. Jean-Pascal Mattei dit :

    Vu le précédent du cycle, « Le Rayon vert », qui s’achève sur une belle épiphanie éponyme. On retiendra aussi « Ma nuit chez Maud » pour Françoise Fabian et… Blaise Pascal ! Rohmer, cinéaste des mots et de l’architecture (cf. sa thèse sur « Faust » de Murnau), me fait penser à Cronenberg, cinéaste qui revendique l’importance des dialogues, signa une satire de la vie collective dans un immeuble inspiré du Corbusier (« Frissons ») et de brillantes adaptations très littéraires et cinématographiques d’œuvres réputées « infilmables », dues à Burroughs, Ballard ou DeLillo ; « A Dangerous Method » – d’après Hampton – possède même une finesse et un humour proches de ceux de Mankiewicz.

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