Olivier Père

Spartacus de Stanley Kubrick

ARTE diffuse ce soir à 20h50 un grand péplum hollywoodien pas comme les autres, Spartacus (1960).

Kirk Douglas est Spartacus

Kirk Douglas est Spartacus

Capricci a récemment publié en France « I Am Spartacus ! » le livre de souvenirs de Kirk Douglas qui raconte sa version de la genèse longue, compliquée et marquée par le contexte politique américain de Spartacus. En effet on sait que le maccarthysme et l’hystérie anticommuniste qui frappa le pays durant la Guerre Froide n’épargna pas Hollywood. Spartacus sonna le glas de la mise à l’index du scénariste Dalton Trumbo, dont le nom put réapparaitre au générique d’un film après plusieurs scénarios écrits dissimulé derrière des prête-noms, grâce à la décision courageuse de Douglas. Spartacus et Exodus (également signé Trumbo), sortis à deux mois d’intervalle mettront fin à plusieurs années de honte pour Hollywood.

Le projet de Spartacus est étranger à Stanley Kubrick et c’est en cours de tournage que Kirk Douglas, star et producteur du film contacte l’auteur des Sentiers de la gloire. Il recherche en Kubrick un complice plus obéissant et adapté que le vétéran Anthony Mann, en désaccord avec sa vision du gladiateur révolté et surtout pas assez rapide et malléable. Douglas assume la responsabilité de se séparer à l’amiable du maître du western après le tournage de plusieurs scènes importantes, parmi lesquelles une grande bataille et l’ouverture du film. Kubrick accepte de le remplacer et se retrouve à 28 ans à la tête d’une superproduction hollywoodienne. S’il s’adapte sans aucun problème aux contraintes d’un gros budget, il ne se soumet en aucune façon au contrôle de Douglas et se révèle bientôt aussi capricieux et plus incontrôlable que la star. Le résultat final est un succès commercial mais ne suscite qu’un enthousiasme modéré de la critique et des cinéphiles, qui distinguent mal les ambitions politiques du projet (adapté d’un roman de l’écrivain marxiste Howard Fast, scénarisé par le « black listé » Dalton Trumbo) des conventions kitsch du péplum hollywoodien. Quand on revoit le film aujourd’hui les combats dans l’arène, la transformation des esclaves en machines à tuer, l’ordonnance quasi géométrique de la scène de bataille finale sont pourtant de purs moments de cinéma kubrickien, qui anticipent les bagarres d’Orange mécanique, les duels de Barry Lyndon, les ballets spatiaux de 2001, l’odyssée de l’espace ou l’entraînement des recrues de Full Metal Jacket. En revanche, le message humaniste de Spartacus semble bien étranger aux préoccupations de Kubrick, qui préféra toujours s’intéresser aux antihéros grotesques ou névrosés plutôt qu’aux chefs messianiques. Devenu un classique, Spartacus est aussi un beau film, résultat d’une collaboration très tendue entre l’acteur aux idées progressistes et le jeune et génial artiste, qui peinera à cacher son scepticisme devant la validité d’une telle entreprise, et rechignera toute sa vie à inclure Spartacus dans sa filmographie officielle.

Woody Strode et Kirk Douglas

Woody Strode et Kirk Douglas

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