Olivier Père

12 Hommes en colère de Sidney Lumet

ARTE diffuse l’excellent 12 Hommes en colère (12 Angry Men, 1957) ce soir à 20h45.

Un jury populaire condamne un accusé à la peine capitale à l’unanimité moins une voix. Le douzième juré va entreprendre de convaincre les onze autres de la validité de ses doutes. Premier film de Sidney Lumet, alors cinéaste issu de la télévision et du théâtre, 12 Hommes en colère l’impose d’emblée comme un spécialiste de la question judiciaire, un excellent directeur d’acteur et un amateur de tours de force cinématographiques (l’action se déroule en huis clos, presque entièrement dans la salle des jurés.) Lumet consacrera une série de films presque tous remarquables au fonctionnement et aux failles de la justice et des principales institutions américaines, avec un regard très documenté et critique. Un autre pan de sa filmographie s’intéressera à la psychologie et au comportement de groupes humains. Autant dire que 12 Hommes en colère contient les fondements de la part la plus exceptionnelle de l’œuvre de Lumet, éclectique, inégale et pléthorique mais qui possède des sommets impressionnants et des zones d’ombre encore à découvrir. Plaidoyer courageux contre la peine de mort et le racisme, le film est aussi une leçon de mise en scène d’un jeune cinéaste déjà rôdé aux conditions de tournages en direct, capable d’insuffler une tension de plus en plus insoutenable dans un drame en temps réel. Le sentiment de claustrophobie va crescendo, provoqué par l’utilisation d’objectifs de focales croissantes, au fur et à mesure de l’avancement du tournage, le film étant tourné dans l’ordre chronologique comme les dramatiques télévisuelles. Henry Fonda, le huitième juré (la plupart des personnages restent anonymes) d’un jury de douze hommes d’origines différentes (mais tous blancs, alors que l’accusé est un jeune latino-américain, soupçonné du meurtre de son père), domine l’interprétation, talonné de près par le formidable Lee J. Cobb, son plus farouche adversaire.

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15 commentaires

  1. Joël dit :

    Bonjour Olivier et merci pour ce post. « 12 hommes en colère » est en effet un classique, servi par un scénario intelligent et une rhétorique savante. Mais ces éléments seuls ne sont pas pour autant gage d’un grand film. Le jeu d’acteurs est ici excellent, mené par l’impeccable Henry Fonda qui exigea de faire répéter longuement les dialogues aux comédiens. Pour autant, il ne s’agit pas de théâtre filmé. La mise en scène à la fois sobre et précise de Lumet, en particulier dans l’alternance des plans serrés et moyens, soutient le discours. L’impression de claustrophobie de ce huis-clos dense est encore renforcée par la chaleur accablante dans la salle de délibération. Après ce premier coup de maître, Lumet devra attendre les années 70 pour être reconnu comme un grand réalisateur avec des films comme « Serpico », « Un après-midi de chien », « Le crime de l’Orient-Express » ou encore « Network ».

    A voir et à revoir.

    • olivierpere dit :

      Bonjour Joël, en effet Lumet a sans doute donné le meilleur de lui-même dans une série de films réalisés dans les années 70 sur les institutions américaines, police, justice, médias… Son meilleur film reste pour moi « Network ». Lumet a aussi signé des films beaucoup moins connus ou réputés, notamment en Angleterre, comme « M15 demande protection » que j’aime beaucoup. Et il a continué à signer des bons films jusqu’à la fin de sa carrière. Cinéaste passionnant, toujours à redécouvrir. Voici le texte que je lui ai consacré http://wp.arte.tv/olivierpe

      • Joël dit :

        Je ne connais malheureusement pas sa production anglaise, qui a l’air intéressante. Le rapprochement que vous faites avec Frankenheimer, Friedkin ou encore Pollack me semble tout à fait pertinent. Par contre, vous ne mentionnez pas « Le crime de l’Orient-Express » qui, sans être un chef-d’oeuvre, est un film bien construit et très divertissant avec sa pléiade de stars. Ce film m’a beaucoup marqué quand je l’ai vu la première fois étant enfant. Et on retrouve le nombre 12 (le nombre de coups de couteau), similaire au nombre de jurés dans « 12 Hommes en colère ».

        • olivierpere dit :

          « Le Crime de l’Orient-Express » est en effet un excellent divertissement, mais ne peut-il pas être considéré comme mineur dans la filmographie de Lumet, en tous cas moins personnel que ses films judiciaires ou politique, même si on y retrouve le thème du hui-clos comme dans 12 Hommes en colère ? J’en garde aussi un bon souvenir, vu enfant à la télévision, avec une direction artistique et une interprétation brillantes.

      • Rémi dit :

        Je me joins à vous sur tout les points, Fonda, l’excellent Lee J. Cobb, les dialogues, la mise en scène, etc. Je ne me lasse pas de ce film, que j’ai dû voir un sacré paquet de fois. Concernant la carrière de Lumet, je citerais les mêmes titres, Serpico, Un après-midi de clebs, etc., Network en tête, et sans oublier le remarquable The Offence !

        • olivierpere dit :

          Sans oublier « Le Prince de New York », film remarquable un peu desservi par l’interprétation de Treat Williams dans le rôle principal, qui n’est ni Pacino, ni De Niro, ni Warren Beatty…

  2. Jean-Pascal Mattei dit :

    Carrière bien rendue d’un cinéaste à redécouvrir.
    Toujours dans la veine judiciaire de Lumet, on conseillera « L’Avocat du diable », bel affrontement entre Don Johnson et l’angélique (pour une fois) Rebecca De Mornay. Que pensez-vous du remake pour la télé par William Friedkin (d’autant plus savoureux si comparé au final révisionniste du « Sang du châtiment »…) ?

    • olivierpere dit :

      Je n’ai malheureusement pas vu le remake télé de Friedkin, ni celui de Mikhalkov pour le grand écran (sorti sous le titre « 12 » et adapté à la société russe). « L’Avocat du diable » est en effet un intriguant thriller judiciaire qui doit sans doute autant à son scénariste Larry Cohen qu’à Sidney Lumet…

      • Jean-Pascal Mattei dit :

        Un sous-texte religieux informe le film : douze jurés, un parricide, un orage, un architecte immaculé qui regarde le Ciel (Davis dérivé de David ?) et au bout du calvaire la pluie salvatrice et la grâce… Ce sale gosse de Larry Cohen dotera en effet son vrai coupable d’une beauté méphistophélique dans cette oeuvre qui peut se lire comme un reniement de l’horlogerie humaniste des « 12 Hommes »…

  3. JulienDS dit :

    merci d’avoir programmé Dans ses yeux, sublime film argentin, hier soir.

  4. J.Cottet dit :

    Je n ai pas pu voir « douze hommes en colère » jusqu’à la fin… Une rediffusion est-elle prévue?

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