Olivier Père

Rétrospective Bernardo Bertolucci à la Cinémathèque française

Depuis hier et jusqu’au 13 octobre la Cinémathèque française rend hommage à Bernardo Bertolucci, en sa présence, avec la projection de tous ses films et de quelques documentaires sur son œuvre. Le samedi 14 septembre, à l’issue de la projection du Conformiste à 14h30, les spectateurs de la Cinémathèque pourront assister à une « leçon de cinéma » donnée par le cinéaste italien. Né à Parme en 1941, fils du poète Attilio Bertolucci, Bernardo Bertolucci est un cinéphile passionné qui devient le très jeune assistant réalisateur de Pier Paolo Pasolini en 1961 sur le tournage d’Accattone. Bertolucci réalise son premier long métrage l’année suivante, La commare secca (1962), enquête sur le meurtre d’une prostituée sur les bords du Tibre, d’après une histoire et un scénario de Pasolini, qui restera une figure tutélaire pour le cinéaste. Bertolucci fut salué par la critique comme un auteur majeur du nouveau cinéma italien dès son deuxième film, Prima della rivoluzione, en 1964. Ce film ouvertement influencé par la Nouvelle Vague française mais aussi le grand cinéma opératique italien, subtile alliance d’écriture moderne et de romanesque (Bertolucci s’inspire de « La Chartreuse de Parme » de Stendhal) pose les bases d’une œuvre qui ne cessera de balancer entre deux pôles, modernité et lyrisme, l’Italie des racines et le monde des voyages, distanciation critique et séduction spectaculaire (Bertolucci sera l’un des coscénaristes, aux côtés de Sergio Donati et Dario Argento, de Il était une fois dans l’ouest de Sergio Leone.)

Prima della rivoluzione

Prima della rivoluzione

Le Conformiste

Le Conformiste

En 1968 Bertolucci signe un essai poétique et radical, très godardien et symptomatique de l’après mai, Partner, avec Pierre Clémenti et Tina Aumont puis abandonne le cinéma d’avant-garde en 1970 avec une adaptation d’un roman de Moravia sur le fascisme, Le Conformiste avec Jean-Louis Trintignant, qui remporte un grand succès et impose Bertolucci comme un styliste de la caméra, virtuose et provocateur. Cette réputation se confirme avec Le Dernier Tango à Paris (1972, photo en tête de texte) psychodrame sexuel qui offre à Marlon Brando un rôle à contre-emploi et à sa démesure, et marque le triomphe d’un certain cinéma intellectuel et commercial que certains qualifieront de racoleur en raison de la publicité faite autour de scènes scabreuses. En 1976 Bertolucci entreprend un projet extrêmement ambitieux avec 1900, le plus gros budget de l’histoire du cinéma italien. Cette fresque violente et lyrique de plus de cinq heures sur l’Italie du XXe siècle qui mêle les influences esthétiques d’Hollywood, Cinecittà et Mosfilm et réunit une distribution prestigieuse et hétéroclite, de Gérard Depardieu à Robert De Niro en passant par Burt Lancaster et Donald Sutherland. Controversé à l’époque de sa sortie, 1900 n’en demeure pas moins un monument stupéfiant d’audace et de beauté.

1900

1900

Après le triomphe mondial et la pluie d’oscars du Dernier Empereur, Bertolucci réalise deux autres films hors d’Italie (qu’il juge désormais « infilmable »), tournés vers l’Afrique et la spiritualité orientale, Un thé au Sahara (1989, d’après Paul Bowles) et Little Buddha (1992) qui ne connaîtront pas le même succès. C’est dommage car Little Buddha est à redécouvrir, livre d’images à la naïveté assumée (le film s’adresse aussi aux enfants) qui retrouve le faste des productions Bollywood.

La luna

La luna

Du cinéma d’avant-garde de ses débuts jusqu’aux superproductions internationales, Bertolucci a connu un destin d’enfant terrible puis d’enfant gâté. Il apparaît surtout comme un des seuls grands cinéastes maniéristes du cinéma moderne, dont l’œuvre propose un travail d’admiration (et parfois d’imitation) de Godard, Pasolini, Antonioni, Visconti. En cela, Bertolucci se rapproche davantage de Dario Argento que de Marco Bellocchio, même si ces trois cinéastes ont souvent parlé de la même chose au même moment : le trauma familial, la perte d’identité et la révolte anarchiste. La politique ou la psychanalyse ont toujours soulevé chez Bertolucci des enjeux (et des émotions) esthétiques et formelles, que ce soit dans des films intimistes et sexuels comme Le Dernier Tango à Paris et La luna (l’un de ses plus beaux films pour certains de ses admirateurs) des films plus hermétiques comme La Stratégie de l’araignée (d’après Borgès) et La Tragédie d’un homme ridicule (grand film incompris sur les années sombres de l’Italie déboussolée en proie à la violence politique) ou des fresques historiques à gros budget comme 1900 et Le Dernier Empereur. Aussi à l’aise dans le mélodrame miniature que dans la fresque opératique et les mouvements de foule, Bertolucci, esthète et érotomane, amoureux de la jeunesse et de la beauté, aime se concentrer sur des motifs et de détails qui peuvent être aussi bien plastiques que psychologiques. Et plutôt que d’art décoratif, on préférera parler de haute couture à propos du cinéma de Bertolucci, qui en vient même à adapter dans ses derniers films à la forme et au propos plus modestes, Beauté volée (film du retour en Italie et de la sérénité retrouvée) Shanduraï et Innocents, de manière assumée, les couleurs et les mouvements des tendances cinématographiques du moment. Ces trois films révèlent le talent et les corps juvéniles de Liv Tyler, Thandie Newton, Michael Pitt, Louis Garrel et Eva Green.

Film du retour au cinéma après une opération au dos qui le laissera paralysé sur un fauteuil roulant, Moi et toi, huis-clos sombre et intense visite une nouvelle et ultime fois les thèmes de l’enfermement, de l’autodestruction, des relations œdipiennes depuis toujours au cœur de son œuvre avec un regard plus pessimiste que jamais sur l’Italie contemporaine. Le film sortira sur les écrans français le 18 septembre.

Bernardo Bertolucci, Marlon Brando et Maria Schneider sur le tournage du Dernier Tango à Paris

Bernardo Bertolucci, Marlon Brando et Maria Schneider sur le tournage du Dernier Tango à Paris

 

 

 

 

 

 

 

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