Olivier Père

Je ne voudrais pas être un homme de Ernst Lubitsch

Tous les mois ARTE propose un classique du cinéma muet. Cette nuit à partir de 0h40, place au prince de la comédie Ernst Lubitsch avec deux films rares, dont le merveilleux Je ne voudrais pas être un homme. La carrière muette d’Ernst Lubitsch permet de vérifier la précocité du génie de ce cinéaste adulé pour ses chefs-d’œuvre de la comédie hollywoodienne. Après des débuts d’acteurs au théâtre et au cinéma et des petits films comiques, Lubitsch fait tourner les plus grandes stars de la UFA, Pola Negri, Paul Wegener ou Emil Jannings dans des superproductions historiques. L’orientalisme est à la mode en Allemagne, en témoigne Sumurum (1920) conte fastueux des mille est une nuits, écrin à la gloire de Pola Negri dans lequel Lubitsch s’octroie le rôle d’un bossu amoureux. Réalisé la même année, Anna Boleyn est un ambitieux drame à costumes, véritable étendard de la puissance et de la qualité du cinéma allemand des années 20. Dans ces films, et dans La Chatte des montagnes (1921), satire antimilitariste, Lubitsch ne cache pas l’influence esthétique du théâtre de Max Reinhardt, dans la scénographie et le jeu des comédiens. C’est dans la comédie pure, grotesque et d’une grande franchise sexuelle, comme La Princesse aux huîtres (1919) que Lubitsch se montre le plus inspiré, que s’épanouit sa véritable personnalité artistique. Le film le plus surprenant de sa carrière muette allemande demeure Je ne voudrais pas être un homme ((Ich möchte kein Mann sein, 1918), brève comédie du travestissement d’une audace et d’une modernité assez sidérantes, qu’on pourra voir ou revoir cette nuit. Une jeune fille de la grande bourgeoisie, en révolte contre les bonnes manières se déguise en homme afin d’assouvir sa soif de liberté. Elle part dans une folle nuit de beuverie et de débauche et finira au petit matin dans les bras… d’un autre homme ! Le film est hilarant et en dit long à la fois sur la guerre des sexes, le féminisme et la frivolité du Berlin des années « folles ».
Je ne voudrais pas être un homme ne dure que 45 minutes. Il sera suivi par un autre film muet, le plus ancien des films retrouvés de et avec Lubitsch : un court métrage incomplet, Quand j’étais mort (Wo ist mein Schatz?, 1915) où un mari (interprété par Lubitsch) règle ses comptes avec son envahissante et odieuse belle-mère. A découvrir.

Ernst Lubitsch en 1920 (photo d'Alexander Binder)

Ernst Lubitsch en 1920 (photo d’Alexander Binder)

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