Olivier Père

Michael Cimino et Isabelle Huppert à l’avant-première de La Porte du paradis

Hier soir au Centre Pompidou était organisée l’avant-première du chef-d’œuvre de Michael Cimino La Porte du paradis (Heaven’s Gate, 1980) en version numérique restaurée. Chef-d’œuvre maudit, dont le désastre commercial et critique au moment de sa sortie, aussi violent qu’immérité, provoqua le bannissement hollywoodien de Cimino qui malgré un autre très beau film cinq ans plus tard (L’Année du dragon) ne se remis jamais vraiment d’un tel fiasco. Cimino n’a pas tourné de long métrage depuis 1996 et il peine à trouver les financements de ses projets. Agé de 74 ans, Cimino qui a beaucoup changé physiquement, est toujours meurtri par l’expérience traumatisante de la sortie de La Porte du paradis. Mais il peut aussi savourer la réhabilitation de son plus grand film, avec le désir de réaliser à nouveau, envers et contre tous.

Isabelle Huppert et Kris Kristofferson dans La Porte du paradis

Isabelle Huppert et Kris Kristofferson dans La Porte du paradis

Cimino était à Paris pour la promotion de la ressortie de son film de nouveau en salles le 27 février, distribué par Carlotta. Il était accompagné d’Isabelle Huppert, l’inoubliable héroïne de cette fresque historique, western pas comme les autres, à l’ambition et au lyrisme démesurés, qui compte parmi nos films préférés de tous les temps.

Moments d’intense émotion pour tous les admirateurs de La Porte du paradis, mais aussi pour son auteur et son actrice, dont nous retranscrivons ici les propos sur scène avant la projection :

« Je ne sais pas quoi dire. Merci aux vieux et aux nouveaux amis. J’ai l’impression de vivre dans un film de Frank Capra où les miracles sont possibles. Mais les miracles arrivent aussi dans la vraie vie, comme ce soir. Au départ je ne souhaitais pas être impliqué personnellement dans cette restauration numérique car je voulais laisser cette expérience derrière moi, mais Joann Carelli (la productrice de La Porte du paradis et aussi de Voyage au bout de l’enfer et Le Sicilien, présente dans la salle) et Criterion (éditeur du blu-ray américain) ont insisté durant dix ans. J’ai longtemps dit non car je ne voulais pas ressusciter un film qui m’avait causé autant de souffrance pendant d’aussi longues années, mais j’ai fini par céder. J’ai commencé à travailler à la restauration du film chez la MGM, qui appartient maintenant à Sony. C’était dans la même rue où j’avais choisi à l’époque de la préparation du film les chevaux qui devaient conduire le chariot du personnage d’Isabelle. De très jolis chevaux, mais pas aussi beaux que l’actrice. Je ne sais pas ce que sont devenus les chevaux, mais Isabelle n’a pas changé. Quoi qu’il en soit, je suis heureux. »

« Cette nouvelle version est la version définitive du film. Je l’adore, je l’ai déjà vu trois fois et je pourrais la revoir encore de nombreuses fois. Redécouvrir le film m’a permis d’apprécier davantage le travail des acteurs, qui ont réussi à rester concentrés non pas pendant six semaines, mais pendant un tournage qui a duré quatre saisons d’une année. Je tiens à remercier tous les acteurs et les membres de l’équipe qui ont participé à cette aventure, je pense à eux comme à ma famille. La Porte du paradis est un « home movie » pour moi maintenant. »

A la demande de Vincent Paul-Boncour, distributeur français du film, Cimino revient sur le choix inattendu d’Isabelle Huppert dans le rôle d’Ella, la prostituée française amoureuse de l’idéaliste désabusé James Averill (Kris Kristofferson) et du tueur Nathan Champion (Christopher Walken).

« J’étais en train de préparer la distribution du personnage d’Ella à New York avec Joann Carelli, et toutes les actrices du monde voulaient le rôle. C’était de la folie, toutes les actrices américaines ou anglaises voulaient me rencontrer. Un jour j’avais une telle migraine dans mon bureau que je suis sorti prendre l’air. Je marchais dans la rue et je suis arrivé devant un petit cinéma. Je suis entré pour me changer les idées devant un film, je ne savais même pas ce qui était projeté. C’était un film avec Isabelle Huppert, dont je ne me souviens plus du titre (Isabelle Huppert précise qu’il s’agissait de Violette Nozière de Claude Chabrol). Dès que j’ai vu Isabelle apparaître à l’écran, j’ai crié « Ella ! » J’ai tout de suite interrompu le casting en disant que j’avais trouvé mon actrice. Personne n’y comprenait rien. »

« Et c’est là que les ennuis ont commencé… poursuit Isabelle Huppert. Michael est très têtu, et il était vraiment le seul à vouloir que je fasse le film. »

« C’est vrai, approuve Cimino. Les producteurs m’ont poursuivi jusqu’à Paris pour me dissuader de prendre cette actrice. Mais quand vous voyez Isabelle monter un cheval au galop ou conduire un chariot, c’est vraiment elle. Elle n’a jamais été doublée, il n’y a aucun effet spécial et elle a fait toutes ses cascades elle-même. Elle a été une bénédiction pour le film. »

« J’ai eu le temps d’apprendre », conclut avec humour Isabelle Huppert.

Nous reviendrons sur La Porte du paradis à l’occasion de sa ressortie la semaine prochaine.

Photo en tête de texte : Isabelle Huppert et Michael Cimino lors de l’avant-première de La Porte du paradis à New York en 1980.

 

 

 

 

 

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