Olivier Père

Pulsions de Brian De Palma

Pulsions (1980)

Pulsions (1980)

Pulsions (Dressed to Kill, 1980) ressort sur les écrans français le 18 juillet, distribué par Mission. Une reprise estivale à ne pas manquer.

Dans les films de De Palma, et dans Pulsions en particulier, l’important est de savoir mourir en beauté. Une héroïne hawksienne sur le retour (Angie Dickinson), maquillée en héroïne hitchcockienne sur le retour, est assassinée dans un ascenseur par une tueuse androgyne. Les deux blondes avaient le même psy. Il est interprété par Michael Caine, acteur anglais blond célèbre pour avoir refusé de jouer l’obsédé sexuel psychopathe de Frenzy, le dernier film d’Alfred Hitchcock tourné en Grande-Bretagne, et chef-d’œuvre malade du maître. Il y a aussi Nancy Allen, la petite amie de De Palma au moment du tournage, abonnée aux rôles de putes au grand cœur. Et Keith Gordon, l’étrange adolescent attardé des années 80 qui après des rôles chez De Palma et Carpenter (Christine) deviendra cinéaste.

Pulsions est le titre français de Dressed to Kill de Brian De Palma. Le titre original signifie littéralement « habillé pour tuer » – et dévoile pour le coup la surprise finale que réserve le film aux rares spectateurs innocents, –  mais on peut surtout traduire « Dressed to Kill » par « être sur son trente et un ». Le titre français est un bon titre, mais le titre américain ne trompe pas sur la marchandise et désigne à la perfection le travail de De Palma, qui semble dire : « Je vais vous en mettre plein la vue, et habiller mon film des plus beaux mouvements de caméra, malgré un scénario de camelote, puritaine de surcroît (jouissance = mort) ». Pulsions emprunte beaucoup à Psychose (le meurtre de l’héroïne en début de film, le tueur travesti) et à Sueurs froides (la scène du musée). De Palma aime alterner les passages paroxystiques de violence ou d’émotion avec de longues plages d’attente, musicales et silencieuses, qui sont souvent des scènes de filature ou de voyeurisme. On touche là à la fameuse inspiration hitchcockienne du cinéaste, qui a réalisé une série de films (de Sœurs de sang à Body Double) entre pastiche et relecture postmoderniste autour des chefs-d’œuvre d’Alfred Hitchcock. Malin, De Palma signe avec Pulsions deux films en un : un thriller tape-à-l’œil et une réflexion mélancolique sur la perte d’aura du cinéma hollywoodien, condamné à subir les outrages de jeunes cinéphiles pervers.

Conclusion : Pulsions est parvenu à racoler les spectateurs de doubles programmes sexy sur la 42ème rue et séduire le public cultivé d’une salle de musée d’art moderne parisien. Pour les Américains, Pulsions est un film d’exploitation de luxe, du super William Castle à base de changement de sexe et de meurtre au rasoir (souvenez-vous d’Homicidal). En France, c’est un chef-d’œuvre maniériste, une leçon de mise en scène. A voir et à revoir en attendant de découvrir très prochainement Passion, le nouveau film de De Palma qui est un remake de Crime d’amour d’Alain Corneau (on aura tout vu.)

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