Olivier Père

Les Proies de Don Siegel

Les Proies

Les Proies

Une nuit d’intense discussion cinéphilique au Festival de Jeonju, il y a quelques semaines, nous lançâmes la colle suivante : de Richard Fleischer, Don Siegel ou Robert Aldrich, quel est le meilleur cinéaste ? Pas le plus grand ou le plus important, le meilleur. Pour moi le meilleur est Fleischer (on y reviendra), même si Aldrich est plus important dans l’histoire du cinéma, avec son statut d’auteur et de producteur (on y reviendra aussi.)

Quant à Siegel, il s’est contenté de réaliser quelques-uns des meilleurs films américains des années 60 et 70, de L’Invasion des profanateurs de sépultures à L’Inspecteur Harry, en passant par Tuez Charlez Varrick, A bout portant, Le Derniers de géants ou Les Proies (The Beguiled), ce qui est déjà pas mal.

Clint Eastwood n’a pas entendu longtemps pour effriter sa statue de héros monolithique et indestructible. Dès 1971, il campait pour Don Siegel, son second cinéaste d’élection après Sergio Leone, un soudard yankee recueilli par neuf femmes sudistes d’âges différents recluses dans une institution de jeunes filles en pleine Guerre de Sécession. Blessé à la jambe, immobilisé et séquestré, il se transforme vite en homme objet, attisant par son intrusion virile la frustration et l’hystérie des pensionnaires. Cyniques et hypocrites, ses différentes entreprises de séduction n’ont pour seuls objectifs que d’échapper à la surveillance de ses geôlières et rejoindre son armée. Mais le soldat sera finalement piégé et détruit par son propre appétit libidinal et ses instincts violents. Les Proies ne se résume pas à un contre-emploi pour Clint Eastwood. C’est l’un des meilleurs films de Siegel, moins misogyne que misanthrope et antimilitariste, dont les effets de compositions baroques et l’interprétation outrée accentuent le climat étouffant et théâtral. Noyées dans les ténèbres et surchargées de fondus enchaînés, les images de Siegel et de son chef opérateur Bruce Surtees osent jusqu’au maniérisme pictural le plus échevelé comme la superposition du corps meurtri et érotique du mâle Clint avec un tableau du Christ à la descente de croix.

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