Olivier Père

Les Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson

La lecture du livre de Philippe Azoury et Jean-Marc Lalanne sur Jean Cocteau ravive le souvenir des Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson et de ses magnifiques dialogues écrits par Cocteau (précieux mais ennemis de l’effet de style ou du bon mot), sur une trame lointainement inspirée d’un épisode de « Jacques le fataliste » de Diderot. Bresson Cocteau, c’est évidemment la rencontre fructueuse, malgré les différences de personnalités, entre deux grands artistes modernes, qui se rejoignent dans leur mépris des conventions du cinéma français académique, et leur soif d’absolu.

Les Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson (1945)

Les Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson (1945)

L’idée qu’à Bresson de s’offrir les services des deux plus brillants auteurs dramaturges de la scène littéraire française de l’époque pour ses premiers longs métrages (Jean Giraudoux puis Jean Cocteau), avant de se débarrasser de la moindre tentation non cinématographique, inspirera Alain Resnais dans son désir de travailler avec des écrivains extérieurs au monde du cinéma mais singuliers dans leur discipline.

Robert Bresson, première période : le cinéaste doit travailler avec des acteurs professionnels, ne s’est pas encore échappé du théâtre ennemi et de la littérature. Les Dames du bois de Boulogne, comme Les Anges du péché, son film précédent, empruntent au mélo et s’offrent le luxe dangereux des dialogues d’un écrivain (Jean Cocteau succède à Jean Giraudoux).

Les Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson (1945)

Les Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson (1945)

Pourtant, éclatent dès 1945 l’exigence hors du commun du cinéaste, et sa volonté de créer un style moderne, qui révèle les possibilités inexplorées du cinématographe. L’utilisation du son, l’austérité des décors, le jeu à la fois antithéâtral et antinaturaliste des comédiens rompent délibérément avec la production nationale de l’époque. Bresson, à la recherche de l’épure et de la rétention, avance avec certitude sur le chemin de son art, refuse de s’abandonner à la trivialité contenue dans le sujet. Les Dames du bois de Boulogne souffrent à première vue du hiatus entre la beauté du texte, la colère de tragédienne brimée de Maria Casarès et l’aspiration de Bresson vers toujours moins d’effets. Mais l’impureté relative de ces Dames… les rendent aussi admirables sinon davantage que les œuvres parfaitement maîtrisées du cinéaste. Il n’échappa pas aux plus fins commentateurs que les ultimes mots prononcés par le couple d’amoureux (« – Reste avec moi, lutte… – Je reste. ») font des Dames du bois de Boulogne, sous ses apparences trompeuses de drame bourgeois, un des rares véritables films de résistance – esthétique, morale, donc politique – de l’histoire du cinéma français.

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