Le crime était presque parfait de Alfred Hitchcock

Le crime était presque parfait (Dial M for Murder, 1954) est diffusé ce soir sur Arte à 20h45, avant un documentaire « Grace face à son destin » (comme Sissi) à 22h25. Un ancien champion de tennis (Ray Milland) découvre que sa femme (Grace Kelly) a un amant et décide de la supprimer sans laisser de trace afin d’hériter de sa fortune. Comme souvent avec Hitchcock il s’agit d’un brillant divertissement policier dans lequel le cinéaste, tout en s’amusant, réfléchit sur son art. C’est plus fort que lui.

Le crime était presque parfait

Le crime était presque parfait

Ce titre a la particularité dans la carrière du génial cinéaste anglais d’être le premier des trois films avec Grace Kelly, qui incarne et invente sans doute l’idéal de la « blonde hitchockienne », soit le feu sous la glace. Pas vraiment un rôle de composition pour Grace Kelly, mais il fallait un cinéaste comme Hitchcock pour que cela devienne aussi une réalité à l’écran, et pas seulement dans les coulisses d’Hollywood.

Sa seconde particularité est d’être tourné en 3D, ou en « relief » comme on disait encore jusque dans les années 80.

Dans les années 50, la 3D fut inventée pour rivaliser avec la télévision qui s’installait dans l’univers domestique des familles américaines. Finalement, un autre procédé technique l’emporta sur le relief, le CinemaScope, moins onéreux et compliqué et tout aussi spectaculaire. Même si plusieurs titres de quelques grands réalisateurs (Walsh et Sirk par exemple, mais pour des films mineurs) furent exploités en relief sur le territoire américain, un seul cinéaste important releva réellement le défi du relief : Alfred Hitchcock avec Le crime était presque parfait, pour qui la 3D fut le moyen paradoxal d’exacerber la dimension théâtrale du film : peu d’effet spectaculaire – hormis la fameuse scène de la paire de ciseaux plantées entre les omoplates du patibulaire Anthony Dawson, l’agresseur de Grace Kelly – mais au contraire un jeu permanent sur la profondeur de champ amplifié par le relief et qui recrée l’espace scéniques des planches. Car ce film d’Hitchcock était tiré d’une pièce de théâtre, adaptée de la scène à l’écran par son auteur, Frederick Knott.

Le crime était presque parfait fut réalisé entre La Corde et Fenêtre sur cour. Fenêtre sur cour avec James Stewart et de nouveau Grace Kelly marque l’aboutissement des recherches d’Hitchcock sur le huis clos, « la concentration théâtrale », après La Corde tourné en plan-séquence dans un décor unique (film expérimental mais que l’on peut juger moins réussi que Les Amants du Capricorne qui contient plusieurs plans-séquences virtuoses) et Le crime était presque parfait en 3D.

Du pur point de vue de la mise en scène le relief nous a toujours paru une sorte de redondance, une sur profondeur de champ un peu dérisoire dont le résultat ne parvenait pas a justifier la lourdeur technique du procédé. Exit le théâtre. Bienvenue au cirque. Le relief reste surtout, en effet, un des « gimmick » (un de ces trucs utiliser par les producteurs pour attirer le public, au même titre que les bateleurs de foire) le plus utilisé, des années 50, avec des tentatives isolées dans les années 70 (Chair pour Frankenstein de Paul Morrissey, un must pour les amateurs de cinéma déviant). Procédé marginal, il était logique que le procédé 3D soit relégué aux marges du cinématographe : le cinéma expérimental et le cinéma d’exploitation. Ce fut vrai jusqu’au années 80 ou ce procédé, aussi techniquement incertain qu’artistiquement ringard, connut un ultime sursaut d’intérêt avant sa spectaculaire résurrection dans les années 2000 grâce aux bonds technologiques et la persévérance de Robert Zemeckis et surtout James Cameron, pour l’imposer au contraire comme un atout commercial et artistique indiscutable pour les « blockbusters » hollywoodiens et le cinéma « mainstream » du monde entier. Pour combien de temps ?

Sur Arte, c’est évidemment en « version plate » que vous pourrez revoir Le crime était presque parfait. Pas grave, le film est aussi très bien comme cela.

 

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