Barberie Bichette (dite Barbie), cadre fantasque dans une agence de pub à défaut de pouvoir vivre de sa poésie, a 55 ans, et c’est un drame. Divorcée, elle entretient des relations compliquées et parfois distantes avec ses grands enfants, Junior et Rose, qui ont récemment quitté le nid. Conversant avec son reflet dans le miroir, monologuant devant son psy, multipliant les actions erratiques, elle se sent en constant décalage avec le monde et poursuivie par on ne sait quels démons. Comment faire avec soi-même, avec l’ombre de la mort – avec la vie en somme ?
Fantaisie et gravité
Tourné alors que Sophie Fillières se savait gravement malade, et achevé de manière posthume sous la supervision de ses enfants, Agathe et Adam Bonitzer, ce septième long métrage se charge d’une émouvante puissance testamentaire, et s’avère le plus intime d’une filmographie (Un chat un chat, La belle et la belle…) aux ressorts infiniment personnels. L’interprétation impeccable d’Agnès Jaoui illumine cet autoportrait mélancolique et solaire, habité jusqu’au bout par ce sens de l’absurde, du pas de côté et des jeux de langage qu’affectionnait la réalisatrice. Entre fantaisie et gravité, on suit, non sans émotion, dans ses errances et ses fuites ce drôle d’alter ego au nom aussi improbable que son caractère, habité d’une folie douce, toujours sur le fil, en lutte perpétuelle contre le réel.