Avec près de dix millions d’exemplaires vendus, une adaptation cinématographique récompensée au Festival de Cannes, puis une série qui a battu des records d’audience en Italie et à l’international, la parution de Gomorra a eu l’effet d’une déflagration. À la croisée de différents genres (témoignage, reportage, roman), le livre de Roberto Saviano, jeune écrivain mû par une implacable colère, a publiquement brisé l’omerta imposée par la Mafia. "J’avais 26 ans, je ne cherchais ni l’argent ni la gloire. Ce que je voulais, c’était bien pire… Je voulais anéantir le mal." Si Gomorra a dessillé bon nombre d’Italiens et joué un rôle concret dans la lutte antimafia, il a également changé pour toujours la vie de son auteur, d’abord héroïsé puis sévèrement décrié, et encore aujourd’hui contraint de vivre sous protection permanente.
Éveiller les consciences
Au début des années 2000, un jeune Napolitain passionné de littérature contacte Edoardo Brugnatelli, des célèbres éditions Mondadori, pour lui présenter un projet qu’il est déterminé à faire exister : écrire un livre dans le but de dénoncer l’organisation criminelle qui vampirise sa région de Campanie, dont Naples est l’épicentre. Il n’a publié que dans quelques journaux et blogs littéraires, mais le feu qui l’anime, la force de son style et sa connaissance profonde du sujet et des populations concernées convainquent l’éditeur de le suivre. Le phénomène Saviano est né. Ce documentaire le raconte en s’appuyant sur le regard rétrospectif de celles et ceux qui ont aidé l’écrivain à mener à bien son entreprise, et celui de Saviano lui-même. Tandis que les intervenants mettent en lumière le caractère novateur de son approche, il revient sur l’indignation et la colère qui ont été à la source de sa volonté rageuse – et inconsciente – de défier l’intouchable Camorra, et de révéler l’ampleur d’un système dont l’emprise sur notre monde capitaliste est bien plus importante qu’on veut le croire.