Obligé de fuir Manchester après avoir commis un viol, Johnny, sans argent ni domicile, débarque à Londres, à l'adresse d'une ancienne petite amie, Louise. En son absence, il fait la connaissance de sa colocataire, Sophie, aussi paumée que lui. Après des retrouvailles sans joie avec Louise et une nuit avec Sophie, Johnny claque la porte et erre dans les rues de Londres. Il y rencontre successivement d'autres âmes perdues, dans des rues hantées par la solitude et la violence. Dans une dérive parallèle, un jeune cadre ivre de pouvoir tout droit sorti d'American Psycho – le roman de Bret Easton Ellis est paru en 1991 – s'emploie à séduire des femmes pour les violenter.
À l'os
"Naked", autrement dit "à nu", "à l'os", "brut"... : tous les films de Mike Leigh reposent sur une pratique très particulière de l'improvisation produisant, comme l'écrivait le critique du Guardian Peter Bradshaw en 2021, lors de la ressortie du film dans les salles britanniques, le sentiment d'une écriture extrêmement élaborée. Avec l'errance de Johnny et la logorrhée désespérée dont il submerge celles et ceux qu'il croise, damnés comme lui du libéralisme économique, ce paradoxe atteint un sommet. Mélange aussi éblouissant qu'étouffant de rage, de poésie, d'humour noir et de complaisance, ce flow ininterrompu, clos sur lui-même, est aussi ce qui sauve le film – et son personnage ? – du cynisme. D'autant que l'extraordinaire performance de David Thewlis, acteur jusque-là inconnu qui a décroché en 1993 à Cannes le prix de la meilleure interprétation masculine, confère à Johnny une intense humanité. Qualifiée par son auteur il y a trente ans de "narration énigmatique et ambivalente" dans un monde devenu "insaisissable et fuyant", cette descente aux enfers dans un Londres crépusculaire, métaphore d'un monde en ruines, ne peut plus se regarder aujourd'hui comme alors : l'image d'une sexualité masculine prédatrice qui s'y déploie sans fards ajoute au naturalisme de Leigh une dimension de plus.