Olivier Père

There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson

ARTE diffuse There Will Be Blood (2007) de Paul Thomas Anderson dimanche 21 février à 20h50. Le film sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur ARTE.tv. Ce cinquième long métrage ouvre des perspectives nouvelles dans la filmographie de son réalisateur et s’impose comme l’un des chefs-d’œuvre du cinéma américain de ce début de XXIème siècle. Magistralement interprété, écrit en mis en scène, There Will Be Blood propose une réflexion sur la naissance du capitalisme moderne aux États-Unis, à travers le portrait d’un prospecteur devenu magnat du pétrole, de 1898 à l’orée de la grande dépression boursière. Le film est une adaptation de Oil!, roman de Upton Sinclair publié en 1927. Sinclair, écrivain, journaliste et politicien, fut l’un des promoteurs du socialisme aux États-Unis, et finit par rejoindre l’aile gauche du Parti démocrate. Le projet est porté pendant plusieurs années par le jeune prodige, qui est son propre producteur et doit surmonter la frilosité des studios hollywoodiens. Perfectionniste, PTA accumule comme à son habitude une documentation énorme sur le sujet, l’époque et le milieu du pétrole. Il délaisse les fictions chorales qui firent sa réputation pour se concentrer sur l’itinéraire d’un personnage aussi mystérieux que négatif. Menteur, voleur et tueur, Daniel Plainview incarne le fond de sauvagerie et la détermination sans limites qui animèrent les pionniers prêts à tout pour faire fortune. Le style du film adopte la vision obsessionnelle et violente de son protagoniste, dont les yeux semblent transpercer ses adversaires. There Will Be Blood est un western moderne dans lequel les vastes étendues arides de la Californie se transforment en paysage mental dans la caméra de PTA. Du trou dans le désert où il recherche de l’or et de l’argent jusqu’à l’immense propriété où il vit cloîtré à la fin du film, Plainview apparait comme un être opaque muré dans sa solitude et sa folie, n’agissant que par calcul égoïste. La famille, la communauté et la foi chrétienne, creusets de l’Amérique, sont méprisées, manipulées et finalement saccagées par son individualisme féroce. La bande sonore – extraordinaire création bruitiste et métallique de Johnny Greenwood – ne fait qu’amplifier la qualité de film-cerveau de There Will Be Blood, comparable par bien des aspects à celle de Shining de S. Kubrick. Récompensé par un Oscar, Daniel Day Lewis interprète Plainview avec une intensité et une autorité rarement atteintes au cinéma.

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3 commentaires

  1. Victor G. dit :

    Et ce n’est pas la seule référence à Kubrick: Le début de There will… m’avait beaucoup fait penser au prologue de 2001 l’Odyssée de l’espace, avec les paysages désertiques et surtout l’habillage sonore de la séquence.

  2. Ballantrae dit :

    Oui un grand film assurément et dans la carrière de PTA ( There will … a été ensuite rejoint par The master puis Phantom thread qui sont eux aussi impressionnants) et dans le paysage du cinéma américain.
    Une vision du monde,un grand opéra sensoriel digne des chefs d’oeuvre des 70′ tels Sorcerer, Apocalypse now ou Days of heaven … mais en 2008 ce n’est guère fréquent de rencontrer une telle ambition.
    Ce qui est surprenant c’est aussi le fait que PTA n’adapte qu’une partie du roman d’Upton Sinclair qui est un pavé tout en donnant l’impression d’avoir déployé un monde.

  3. Roju dit :

    Film incomprehensible. Aucune logique dans l’histoire, on ne comprend pas le pourquoi de la déchéance de l’acteur principal ni la fin. Regrets d’avoir perdu notre temps à visionner ce navet

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