Olivier Père

Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves

Le grand inquisiteur (Witchfinder General, 1968) offre à Vincent Price l’un de ses rôles les plus mémorables, dénué de l’humour dont il saupoudra nombres de ses compositions – voir Théâtre de sang ou L’Abominable Docteur Phibes récemment évoqués sur ce blog. Il faut dire que Price n’était pas l’acteur désiré par Michael Reeves qui souhaitait confier le rôle de l’infâme Matthew Hopkins, chasseur de sorcières dans l’Angleterre du XVIIème siècle à Donald Pleasence. Pleasence aurait été parfait pour incarner cet être vil et lubrique, sans aucune conviction religieuse ni réelle autorité, qui persécutait des femmes pour assouvir ses pulsions sexuelles, ou torturait des opposants politiques pour affermir son pouvoir, sous le fallacieux prétexte de sorcellerie. Ce sont les coproducteurs d’American International Pictures qui imposèrent Price pour garantir au film un certain succès sur le marché américain. L’acteur, à contre-emploi, s’en sort avec les honneurs et nous prive de son habituel cabotinage, grâce aux strictes directives de Michael Reeves, âgé de 24 ans au moment du tournage. Le jeune cinéaste, s’il se permet quelques libertés avec la véritable histoire de Matthew Hopkins, opte pour un réalisme et un sérieux qui tranchent avec le kitsch assumé des productions horrifiques de la fin des années 60. Situé pendant la Première révolution anglaise – Cromwell y fait même une apparition, Le Grand Inquisiteur s’apparente par bien des aspects à un western européen. Reeves, qui était très cinéphile, met en valeur les paysages du Suffolk et du Norfolk, prend plaisir à filmer des cavalcades et surtout illustre le thème westernien de la vengeance. S’il citait Anthony Mann comme sa principale référence, c’est surtout à Sam Peckinpah que l’on pense devant Le Grand Inquisiteur. La violence du film, son esthétique rugueuse et son climat de corruption morale et physique ne sont pas sans évoquer Les Chiens de paille que Peckinpah allait réaliser trois ans plus tard dans la campagne anglaise. Le Grand Inquisiteur demeure l’ultime film du talentueux Michael Reeves, disparu prématurément en 1969. Le Grand Inquisiteur, célèbre pour ses éprouvantes scènes de tortures et d’exécutions, subit plusieurs coupes au gré de son exploitation commerciale en salle et en vidéo, ainsi qu’un montage alternatif pour sa distribution aux États-Unis. L’éditeur BQHL nous le propose pour la première fois en Blu-ray, dans sa version intégrale anglaise, avec un livret très instructif et une savante présentation par Bruno Terrier, le taulier de la boutique Metaluna, bien connue des amoureux de cinéma fantastique.

 

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