Olivier Père

Le Jour des morts-vivants de George A. Romero

Le Jour des morts-vivants (Day of the Dead, 1985) est le troisième volet, après La Nuit des morts-vivants et Zombie, de la saga horrifique et politique de George A. Romero. Les fans des scènes sanglantes qui firent la réputation de ce cinéaste trouvèrent au moment de sa sortie le film trop bavard et sérieux. Ils avaient tort. Le film est admirable, anxiogène et tendu. Il baigne dans une atmosphère étouffante et emprunte personnages et situations au western. Les moments d’horreur supportent la comparaison avec ceux des deux précédents films, grâce aux maquillages gore de Tom Savini. Romero filme une nouvelle fois un groupe assiégé : à la maison de La Nuit… et au centre commercial de Zombie succède un silo à missiles souterrain, propice à une charge contre les représentants de l’armée (des fascistes paranoïaques) et de la science (des savants fous). Le film reprend certains ingrédients de Zombie, en moins spectaculaire et en beaucoup plus sombre. On y retrouve le thème du racisme et c’est une femme courageuse qui représente l’espoir et l’intelligence dans un monde livré au chaos et à la folie. Le scénario et les ambitions initiales de Romero ont pâti de coupes budgétaires, mais le résultat se révèle extrêmement réussi malgré le manque de moyens et un nombre limité de figurants pour représenter les hordes de zombies qui encerclent les protagonistes. Idée géniale, Romero inverse les données de La Nuit… et de Zombie : le futur de l’humanité est désormais dans le camp des zombies, et l’animalité dans celui des derniers vivants. Romero met pour la première fois en scène un zombie doué de raison, Bud, cobaye enchaîné capable d’exprimer des émotions humaines. Cette figure pathétique permet d’envisager une domestication des morts-vivants, faute de pouvoir éradiquer le virus de résurrection. Ce postulat passionnant fait de Day of the Dead, avec La Mouche de David Cronenberg, un des grands films d’horreur moderne, réalisé à une époque – le milieu des années 80 – où le genre était rongé par la parodie.

Le Jour des morts-vivants est disponible en coffret blu-ray collector, édité par ESC.

Catégories : Actualités

3 commentaires

  1. Victor G. dit :

    Pourtant, la dimension parodique ne me semble pas absente du film et c’est justement cet équilibre avec un aspect plus « sérieux » qui est intéressant.
    Le raccord à la fin du film, lorsque l’équipage de l’hélico est entouré par les zombies, est extraordinaire : pour une fois, Romero nous transporte au Paradis.

    • Olivier Père dit :

      il y a de l’humour (noir) mais on est loin de l’approche parodique et référentielle du Retour des morts-vivants de Dan O’Bannon sorti au même moment aux Etats-Unis ou de Re-animator de Stuart Gordon par exemple.

  2. Victor G. dit :

    J’en conviens.

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