Olivier Père

Au loin s’en vont les nuages de Aki Kaurismäki

ARTE.tv propose un cycle Aki Kaurismäki avec cinq films qui ont bâti la réputation internationale du réalisateur finlandais, disponibles gratuitement du 1er novembre 2020 au 30 avril 2021 : Ariel, La fille aux allumettes, La Vie de Bohème, Au loin s’en vont les nuages et L’Homme sans passé. Sous sa modestie de façade et son autodérision, Aki Kaurismäki est un styliste capable de mettre en scène avec une formidable économie de moyens, en noir et blanc ou en couleur, des films à l’impressionnante beauté plastique. Le soin maniaque apporté au cadre et à la lumière, la rigueur de chaque plan, la précision et la subtilité des dialogues contredisent la désinvolture apparente du cinéaste et sa réputation de farceur. Kaurismäki vénère le cinéma muet, Chaplin, Ozu, Bresson, Dreyer, De Sica, Melville. Conscient d’arriver un peu tard dans l’histoire du cinéma, il préfère se contenter de mettre en scène des bons films plutôt que d’impossibles chefs-d’œuvre. Au-delà de l’exotisme finnois son cinéma devient vite le chantre des asociaux, des prolétaires, des habitants des faubourgs, avec des films mélancoliques qui allient lutte des classes, culture populaire, humour noir, scepticisme inquiet à l’encontre du monde moderne et un goût prononcé pour le mélodrame révolutionnaire. 

Réalisé en 1996, Au loin s’en vont les nuages (Kauas pilvet karkaavat) est une fable sur le chômage. C’est aussi l’un des plus beaux films de Kaurismäki. A Helsinki, un conducteur de tramway et son épouse, maître d’hôtel dans un restaurant, perdent leur travail. Le couple, déjà éprouvé par la mort d’un enfant, se trouve soudainement dépossédé de sa fragile tranquillité. C’est le début d’un voyage au bout de la nuit. Mais le désespoir n’est jamais une fatalité, et les nuages finiront par s’en aller. Aki Kaurismäki croit en la solidarité entre prolétaires. Ses films sont toujours dignes, poétiques et intègres. Ils résistent aux mirages du progrès, à la marchandise spectaculaire. Formaliste et résistant, entouré par sa merveilleuse troupe d’acteurs, le cinéaste finlandais renoue avec l’enchantement originel du cinéma, grâce à son art de l’ellipse, du hors champ et de la litote.

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Un commentaire

  1. Yah dit :

    Émouvante peinture des émotions assez contemporaines dans au loin s’en vont les nuages.
    Le goût et la finesse de ce qui n’est plus à la mode…

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